C’est une expérience bien étrange à laquelle nous invite Joris Lacoste au Théâtre de Gennevilliers, et captivante.

Joris Lacoste a écrit un texte et Rodolphe Congé le dit. On n’en entendra peut-être pas tout. Ils ont conçu une dramaturgie, une mise en scène, des lumières, des sons. On n’en percevra peut-être pas tout. Parce qu’il y a le spectacle réel, et l’autre, le vrai, auquel peuvent assister ceux qui le veulent, à condition de fermer les yeux et de se laisser guider dans les méandres de ses propres images, de ses projections personnelles.

Eyes wide shut
Il est fou ce spectacle, parce que quand on choisit de se laisser aller, bercer par la voix de Rodolphe Congé, d’accepter que « tout va bien » et d’entrer dans cet espèce d’état peut-être hypnotique auquel tout (lumière, sons, voix, texte) nous convie, on ne verra pas ce que les autres verront. On s’oublie et se rencontre soi à l’intérieur. De la manipulation ? Sans doute oui. Mais un pari aussi (surtout). Ce n’est pas de la magie, de la prestidigitation ni du spectacle de camping, l’idée ,’est pas du tout du genre « je suis capable d’hypnotiser une salle et de les obliger à aboyer », mais bien au contraire comme quand on se dit : un film ne sera jamais à la hauteur du livre dont il est tiré parce que quand j’ai lu le livre c’est mon imagination qui a créé des images parfaitement à la mesure de ce que j’attendais ; et de l’appliquer à un spectacle. Les images que vous vous créerez si vous acceptez de nous suivre seront parfaites parce que vôtres. De la paresse ? Non, parce qu’il y a aussi le réel, qu’on aperçoit par moment, quand on émerge de notre petite béatitude, et qui est surprenant, onirique, dingue et simple.
Finalement, on a peu de chose à en dire, sinon parler d’une expérience. Ou beaucoup trop de choses à en dire et beaucoup trop personnelles. Ce qu’ils proposent, eux, c’est de leur écrire pour leur raconter son spectacle. C’est tout à fait ça, en parler, c’est raconter son spectacle.

Le vrai spectacle
Texte et mise en scène : Joris Lacoste
Interprétation : Rodolphe Congé