Energie à revendre et modernisation constituent les deux éléments phares de cette adaptation de la courte pièce de Molière. Un spectacle coloré, survitaminé qui se destine au jeune public mais que les plus grands peuvent accompagner.

Quel auteur plus que Molière peut donner le goût du théâtre aux plus jeunes ? Roi de la farce et des situations aussi incisives que débordantes de messages en filigrane, le sieur Poquelin nous a laissé quelques pièces parfaitement adaptées au plus jeune public. Ainsi « Les Fourberies de Scapin » ou « Le Médecin malgré lui ».

Cette dernière, très courte, nous embarque dans une farce où, comme dans de nombreuses pièces de Molière, on trouve un Sganarelle, personnage souvent fourbe mais sachant tirer parti des situations dans lesquelles il se fourvoie. Ici, notre homme est victime d’un stratagème de son épouse, femme aux velléités d’émancipation très avancées pour l’époque : elle le fait passer pour médecin en précisant à tous qu’il ne reconnaît cet état de fait qu’après s’être fait rouer de coups de bâton.

Une entrée « kusturicienne »
En conservant au texte son phrasé du XVIIème siècle, Laetitia Guédon nous propose un dépoussiérage en règle de la pièce. Point de costumes empesés, de perruques hautes comme la tour de Babel ou de mouches aux commissures des lèvres. Le jeune public n’aurait cure de ces artifices. Autant le plonger dans un univers qui lui est plus proche. Dans un décor assez enfantin et ingénieusement modulable (et que surplombe celui, grandiose, d’un des plus beaux théâtres de Paris), le spectacle démarre par un barouf moins goldonien que kusturicien. La musique occupera une place de choix : cuivres endiablés à la Bregovic, version rock d’un standard de cartoon Disney ou encore zouk vont cadencer cette mise en scène débordante d’énergie pour ne pas dire carrément athlétique. Autre excellente idée : la touche de pluralité humaine que la metteur en scène a apportée à son travail (handicapé, travesti, homme de couleur), ancrant son adaptation dans un monde résolument contemporain, que rehausse certains éléments du décor.

Même si le rire domine, fortement secondé par toute cette scénographie endiablée, la gravité du propos se devine en filigrane autant que toutes les valeurs qu’il sous-tend et qui nous apparaissent aujourd’hui d’une confondante banalité : l’égalité homme-femme, l’image du couple en pleine crise, le métissage culturel. Un propos finalement avant-gardiste qui rejoint la modernité de son adaptation et que servent avec ferveur ces authentiques saltimbanques. Jouez, jeunesse !

Le médecin malgré lui
De Molière
Mise en scène Laëtitia Guédon
Scénographie/Costumes : Soline Portmann, Emmanuel Mazé
Lumières : Mathilde Foltier-Gueydan
Collaborateur artistique : Guillaume Tarbouriech
Photo : Emilie Deligne