C’est le Ferrat multiple auquel Eléonore Bovon rend un bel hommage au Darius Milhaud. L’auteur mais aussi le compositeur. L’engagé politique et le grivois. Tout cela grâce à de belles audaces et deux acolytes avec lesquels elle partage vraiment son plaisir scénique. Un peu plus d’interaction avec le public et ce serait parfait…
Moins porté à écrire sur les choses de l’amour qu’Aznavour qui les décline sous toutes leurs formes depuis plus d’un demi-siècle, Ferrat aura laissé plus souvent le poète les dire à sa place. Le poète Aragon, bien sûr. Habité par la même « pudeur quasiment maladive » dont se qualifiait Brassens, Ferrat aura souvent parlé de l’amour autrement. Parfois de manière un peu grivoise (« L’amour est cerise ») ou en élevant l’amour plus haut encore qu’un simple sentiment. En chantant les causes qui lui tenait à cœur. La camaraderie, la paix, la solidarité, l’Histoire. L’Homme tout simplement. Manière plus sibylline de parler d’amour en fin de compte…
Un trio en parfaite symbiose
C’est toutefois la voie aragonienne qu’emprunte le plus souvent Eléonore Bovon pour rendre hommage au chanteur disparu. En mêlant des titres incontournables à des petites chansons davantage oubliées, elle offre un spectacle convaincant, accompagnée d’un pianiste et d’un contrebassiste avec lesquels elle compose un trio en parfaite symbiose. La voix est belle, très belle même, sachant s’effacer pour une version orchestrale sublime de « Nuit et brouillard », l’ode aux martyrs du nazisme. Manière élégante de rappeler que Ferrat fut avant tout un compositeur (il a signé toutes les musiques de ses chansons).
Sans chercher à s’accommoder d’une facilité qui l’aurait probablement trop rapprochée d’Isabelle Aubret, l’incontournable interprète du répertoire de Ferrat, Eléonore Bovon et ses musiciens vont s’offrir quelques audaces fort réussies. Une version chorale et quasi pastorale de « La Montagne », une sensualité débordante pour « Ma Môme » vont ainsi, autant que les titres moins connus, conférer une originalité indubitable à ce tour de chant. Il manque juste une plus grande interaction avec le public, en tout cas ce dimanche 23 octobre où l’émotion était un peu absente.
Avec Eléonore Bovon (chant et violon), Jean-Luc Tassel (piano) et David Aboab (contrebasse)













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