Deuxième saison pour ce spectacle truculent qui met les mots en folie pour mieux en extraire leur sens à travers des situations totalement désopilantes. Un succès inattendu mais largement mérité.
L’idée de départ frise le génie : choisir des mots, les mettre en situation, les personnifier pour mieux puiser dans la sémantique ce qu’ils induisent dans les comportements quotidiens. C’est tout simple, encore fallait-il y penser. Ecrit à quatre mains par deux femmes, le texte (édité chez Flammarion) est un déluge de drôlerie, de cocasserie mais aussi –et heureusement- de bon sens. Avec également une bonne dose de sarcasmes. Car à travers ces « personnages » que sont les mots choisis, se dessine un camaïeu sociétal des plus aboutis.
Ainsi sont décortiquées essentiellement des notions abstraites telles que la pusillanimité (qui a pour « pote la mesquinerie »), l’amertume (« celle qui empoisonne les sentiments maltraités »), la colère qui plus tard rêve d’être la justice, l’insouciance (« la fugueuse permanente, tuée par la gravité »). Mais aussi un secteur en crise (la virilité), un spécialiste du partir revenir partir (le désir) et bien d’autres choses encore…
Un duo chic et choc
De leur texte flamboyant de drôlerie dont l’un des points culminants parle de la ponctuation, les deux auteurs ont su tirer tout le potentiel scénique. Se repassant incessamment le relai dans un jeu de l’interview où l’invité est le mot personnifié, elles font vivre ces mots sous forme de courtes saynètes. C’est désopilant en diable, bougrement pertinent et extrêmement bien joué. Ca déborde d’énergie, de trouvailles. Avec trois fois rien, voire rien du tout parfois, les deux comédiennes font vivre ce maelström textuel qui récolte des tornades de rire. Elles sont pour cela magnifiquement soutenue par une mise en scène qui mêle radio et théâtre et n’hésite pas à emprunter quelque peu les sentiers de l’irrévérence.
Après avoir réveillé la France trois ans de suite en été sur les ondes de France Inter, voici donc ces deux « trublionnes » (gageons que le mot existera un jour…) sur la scène. Notons que ce spectacle ne reprend pas l’intégralité de ces interventions radiophoniques mais qu’un livre édité chez Gallimard s’en est chargé. Rien de tel que de poursuivre l’immense plaisir que nous offre ce duo chic et choc en se procurant cet ouvrage délicieux.
Ecrit, adapté et interprété par Léonore Chaix et Flor Lurienne
Mise en scène : Marina Tomé
Photo : Philippe Delacroix












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