Le thème de la première guerre mondiale est surprenant sur une scène théâtrale pourtant cela éveille la curiosité. Le risque de tomber dans un certain pathos est grand. La pièce évitera-elle ce piège?

Itinéraire complet de la vie d’un homme, Jules-Etienne, de sa naissance en 1890 à sa vie d’après-guerre. Son chemin débute avec les choix des autres, sa mère décide qu’il sera prêtre, son père veut qu’il l’aide dans le travail des terres. Sa vie sera de même toute tracée, dès qu’il rencontrera sa femme c’est elle qui prendra les rennes puis finalement la guerre aura le dessus et le mènera jusqu’à la fin.

Le cœur de la guerre
Beau défi que de nous faire suivre la vie entière d’un personnage à travers toutes ses grandes étapes. La première scène, l’accouchement pendant lequel la mère décède, est juste à point, dramatique jusqu’au ridicule en frôlant par moment le sublime. Le père maladroit et rugueux ne semble pas savoir exprimer sa tendresse et lorsque sa femme meurt on peut se demander comment va finir l’enfant. L’interprétation de tous les personnages est remarquable, d’une netteté et d’une efficacité surprenante. En effet, le fil est tendu tout au long de cette pièce difficilement identifiable. S’agit-il d’un drame? Cela pourrait y ressembler et pourtant l’humour y est si bien intégré que cela limiterait le propos. La relation de Jules-Etienne avec sa femme est dense et tout aussi colorée que le reste, on reconnaît très bien l’âge des premières amours lors de leur rencontre.

La scénographie est tout bonnement géniale avec cette scène qui se scinde et se démultiplie. L’ensemble est servi par des lumières parfaites qui nous entrainent totalement dans une autre époque. « Une pièce historique » serait le genre qui se rapprocherait de cette fiction écrite d’une plume délicate, violente, sensuelle et finalement vive. « Dans le vif » c’est toute une vie qu’on traverse avec affection, pitié, colère, désaccord, envie et plaisir. Aucun des personnages n’est dépeint comme meilleur que les autres humains. On est amené à les prendre avec leur lot de défauts. Costumes et accessoires sont réalistes et l’on sent qu’il a été fait une vraie recherche approfondie autant par l’auteur que par toute l’équipe, de la mise en scène, à la scénographie en passant par les comédiens. Le plateau est bien occupé et une énergie magnifique y circule. Malgré un moment où le spectateur perd patiente lorsqu’il est plongé assez longuement dans le quotidien des poilus, l’ennui n’est jamais au rendez-vous.

L’exploitation de l’humain, sa manipulation par la haine et la peur sont très bien montrés. Jules-Etienne n’aura jamais pu faire de choix, jamais pu vivre sa vie. Cela peut facilement lancer dans des réflexions sur l’avenir proche et lointain dans notre beau pays car beaucoup de propos font étrangement écho. L’ennemi, est-ce finalement toujours l’autre?

Dans le vif
De Marc Dugowson
Mise en scène de Paul Golub
Scénographie Stephan Grögler (construction du décor Atelier du Théâtre de l’Union)
Lumières : Arnaud Jung
Costumes : Sylvie Martin-Hyszka (réalisation des costumes Atelier du Théâtre de l’Union)
Maquillage/Coiffure : Arno Ventura
Son : Peter Chase
Direction technique : Gaëtan Dessemond
Avec Gauthier Baillot, Christian Bouillette, Sébastien Bravard , Carol Cadilhac , Cyril Dubreuil , Marc Lamigeon, Anne-Sophie Pommier-Dupré, Marianne Téton