Au Théâtre de Gennevilliers, Cécilia Bengolea et François Chaignaud s’inspirent du mythe de castor et Pollux pour se livrer à une performance chorégraphique aérienne. Surprenant.
Cécilia Bengolea et François Chaignaud, danseurs/chorégraphes/performers auxquels trop d’étiquettes pourraient aller mais qu’aucune ne pourrait contraindre n’en sont pas à leur première collaboration (ils recevaient il y a deux ans le Prix du Syndicat de la Critique – Révélation Chorégraphique – pour Pâquerettes et Sylphides.) En perpétuelle recherche formelle, créateurs se spectacles concepts, ils décident ici de danser le mythe de Castor et Pollux dans les airs, au-dessus des spectateurs.
Poids et contrepoids
Cette idée de rapport vertical constitue l’attrait premier de la performance. Les spectateurs sont couchés, et le spectacle est au-dessus d’eux. Castor et Pollux forment la constellation des Gémeaux alors on nous installe comme pour regarder les étoiles. Les deux corps sont suspendus, chacun entravé d’une manière (lui par la ceinture, elle retenue par les bras et les jambes), et sont beaux à voir. C’est beau aussi de voir, au moins de sentir la présence des machinistes qui les font aller et venir, nous frôler, monter et descendre, poids et contrepoids. Les dieux sont autour de nous et tirent les ficelles. Les corps là-haut cherchent à s’appréhender, mais c’est impossible, cherchent à se reposer, atteindre l’inertie, mais l’inertie ici n’est pas atteignable. Dans l’air il n’y a pas de repos, juste du mouvement.
La chorégraphie est narrative, et le mythe des demi-frères qui se seraient voulus jumeaux en irrigue la compréhension ; mais plus encore que l’histoire que raconte le mythe, c’est l’idée même de mythe, de légende, l’idée d’histoire fondatrice qu’il nous est offert d’éprouver, et ce grâce au dis au positif : allongés comme des enfants à qui on raconte une histoire, contemplant un ciel brumeux qu’on ne comprend pas bien, un peu effrayés de ce qui nous attend, petits humains à ras du sol, avides d’histoire et écrasés par elle. Ce qu’on ne comprend pas on l’invente.
Il est difficile de faire le contrepoids d’un dispositif pareil, et de réussir à ne pas s’en contenter. Un peu malheureusement, les danseurs peinent à se détacher de l’idée, c’est-à-dire à ne pas faire seulement partie du dispositif mais à nous raconter quelque chose en plus. Peut-être la spectacle pâtit-il un peu du côté circassien des costumes, de la virtuosité de certains mouvements, d’un manque d’organique qui nous maintient à distance, un peu. Bien sûr, c’est quelque chose d’intéressant, ça cherche, ça trouve des choses, ça ne se contente pas. Mais ça nous laisse sur notre faim, pas vraiment atteints, comme après avoir lu un livre trop bien illustré.
Conception : Cecilia Bengolea et François Chaignaud
Avec : Yann Kermarrec, Jean-Michel olivares, Jean-Marc Segalen, françois Chaignaud, Chloé Gazave, Cecilia Bengolea
Crédit photo: Donatien Veismann












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