Avec Tercer Cuerpo, l’argentin Claudio Tolcachir orchestre le chassé-croisé maîtrisé de cinq personnages attachants, prisonniers de leurs faiblesses. Drôle et cruel.
C’est au Mac de Créteil, cet automne, dans le cadre du festival d’automne, que l’argentin a initié la tournée française de la création 2008 de sa fameuse compagnie Timbre4, Tercer Cuerpo, avant d’aller retrouver les planches du Théâtre Garonne, à Toulouse.
« Mais comment font les autres? »
Tercer Cuerpo, “c’est le nom d’un troisième bloc à l’intérieur d’un bâtiment administratif; c’est aussi l’image d’un corps manquant, objet de désir, incomplétude” confie l’auteur et metteur en scène Claudio Tolcachir. Sur le plateau, un décor fait de bric et de broc matérialise un bureau situé au Tercer Cuerpo (le troisième bloc), qui semble sur le point d’être démantelé, délaissé du reste du monde. C’est là que Sofia, Sandra, Manuel, Hector et Moni cohabitent, tentent de se connaître, s’aiment et se haïssent parfois. Ils ont en commun le mensonge, la douleur et la solitude, mais aussi une irrépressible envie d’aimer, et d’essayer, encore, malgré l’incompréhension du monde, de trouver leur place. « Mais comment font les autres? » s’interroge, amer, Hector. Progressivement, les fêlures de chacun se dévoilent, mais les personnages, partiellement percés à jour seulement, gardent une part de mystère. Exclusion, désir d’enfant, amour non partagé, homosexualité non assumée, les thématiques identitaires sont graves.
Pourtant, la récit ne s’embourbe pas. Sans cynisme ni superficialité, Tolcachir mène un ballet théâtral sensible et enlevé.
Les cinq énergiques comédiens portent la pièce avec une parcimonie des moyens qui met en valeur leur jeu et le texte. Le décor, unique, abrite en effet une multitude de lieux et de scènes, dont certaines se déroulent de manière simultanée. Tolcachir entrecroise sans cacophonie cinq tranches de vie touchantes, dont la fragilité et l’imperfection sont mises au service d’un objectif qui se dérobe. On se souvient de la récente création de l’argentin, La Omision de la familia Coleman, qui avait tourné en France en 2010 (notamment au Théâtre du Rond-Point): la pièce, savoureuse, explorait par le rire une jungle familiale inextricable. Avec Tercer Cuerpo, une fois de plus, l’auteur et metteur en scène aborde la douleur des relations humaines avec un humour irrésistible, qui loin d’éluder le sujet, permet de s’aventurer là où le sérieux pourrait craindre d’aller. « L’histoire d’une tentative absurde » annonçait le sous-titre évocateur : la pièce tient ses promesses.
Texte et mise en scène: Claudio Tolcachir
Avec : Magdalena Grondona, Melissa Hermida, Grinstein Hernan, Jose Maria Marcos, Daniela Pal












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