Un casting remarquable qui porte un texte brillant, voici la recette d’une pièce qui tient le spectateur en haleine, avec des personnages attachants et drôles. La mise en scène réussit un savant dosage entre la légèreté de certaines scènes et le drame ambiant qui se joue.
L’histoire de Sunderland s’inscrit dans la lignée des comédies sociales britanniques. On y découvre un univers cinématographique annoncé avant même le début par un décor fastueux et très fourni. Les sujets abordés par le texte sont également des thèmes largement traités par le cinéma ou la télévision mais qui demeurent rarement évoqués au théâtre. Même si le rire est au rendez-vous, à Sunderland il est question de suicide, de chômage, d’autisme, de violence et de préjugés ; à Sunderland, il pleut tout le temps, il fait froid et les hooligans homophobes soutiennent à corps perdus une équipe de foot qui ne gagne jamais rien.
Sally vit dans cette ville du Nord de l’Angleterre avec sa petite sœur et une amie au caractère bien trempé. La grippe aviaire vient d’avoir raison de l’usine de poulet où elle travaillait. Sans emploi et sans autres revenus que ceux de sa colocataire, fille de charme du téléphone rose, Sally est sur le point de perdre la garde de sa sœur atteinte d’autisme. Alors que la seule chance de s’en sortir réside dans la construction d’un crématorium qui pourrait créer des emplois, une petite annonce vient subitement bousculer le cours du destin.
Une écriture cinématographique riche qui interroge
Le texte est joliment écrit, cohérent sur toute sa durée. Il sait porter le spectateur du rire à l’émotion sans lourdeur. On en attendait pas moins d’un spectacle soutenu par la SACD et la Fondation Beaumarchais. A cela il faut ajouter une interprétation très réussie avec des comédiens aussi performants dans l’humour parfois acide que dans les partitions plus dramatiques. Dans ce jonglage entre les styles, Constance Dollé s’illustre en maîtresse dans son rôle d’opératrice du téléphone rose au grand cœur. Toutefois, cette écriture très cinématographique manque peut être de respirations. S’il est techniquement plus facile d’aérer un drame au cinéma par des ellipses spatio-temporelles, il est moins évident de le faire au théâtre. Les thèmes abordés sont graves et peut-être trop nombreux. Entre misère sociale, tragédie familiale, pandémie, violence des fanatiques sportifs, préjugés sur les homosexuels et morale des femmes qui louent leurs utérus, le spectateur peut se retrouver un peu submergé. Et le décor très imposant n’est pas pour rien dans cette sensation. Mais le fond de l’histoire est tapissé d’amours, maladroit, fusionnel ou encore charnel. De toute évidence, Sunderland est un spectacle qui ne manque pas de ressorts.
Mise en scène : Stéphane Hillel
Assistante à la mise en scène: Chloé Simoneau
Décor: Jacques Voizot
Musique: François Peyrony
Lumières: Laurent Beal
Costumes: Cécile Magnan
Avec : Elodie Navarre, Constance Dollé, Léopoldine Serre,Vincent Deniard,Vincent Nemeth, Thierry Desroses, Pascale Mariani et la participation de Bénédicte Dessombz












Pas de commentaire pour l'instant