Après avoir monté le brillant « Dom Juan » de Molière qui lui a valu une nomination aux Molières 2011, la compagnie RL a choisi d’adapter un autre grand mythe, celui d’Homère et de son Odyssée et plus précisément, celui d’Ulysse et de son grand retour à Ithaque.
La compagnie et son metteur en scène René Loyon se sont intéressés aux chants XIII à XXIII de l’Odyssée pour mettre en exergue ce fameux retour d’Ulysse au bercail, le roi légitime d’Ithaque qui débarque après 20 ans d’absence et de séparation avec sa femme Pénélope pour récupérer ses biens et se charger de ces audacieux prétendants qui, le croyant mort, espèrent lui succéder à la tête du royaume. Mais Ulysse est bien là, vivant et empli de ses victoires épiques, et par le truchement du travestissement et l’aide de son fils Télémaque, il va sonder le cœur de ses fidèles et faire éclater la vérité au grand jour…
Avec l’aide de l’aède
Il est plus aisé de comprendre le parti pris de la compagnie si on se plonge dans la définition de l’aède. Homère n’usait pour la diction que d’un seul acteur appelé l’aède qui représentait tous les personnages à lui tout seul. C’est en partant de cette forme de narration que René Loyon a décidé de développer ce concept de jeu en reposant sa mise en scène non pas sur les épaules d’un seul acteur mais de trois ! Deux hommes et une femme interprétant tous les personnages de l’écriture homérique. Ici, pas de décor grandiloquent ou d’effets scénographiques artificiels mais une mise en espace simple et efficace avec un fond gris évoquant une terre d’Ithaque abstraite, à reconquérir et quelques tabourets rouges ; rouge comme la colère d’un Ulysse trahi par les siens et rouge comme le sang que verseront les prétendants au trône. Des tabourets comme autant de points d’appuis pour les acteurs qui font prendre de la hauteur au texte et le projettent vers le spectateur comme Ulysse décochant ses flèches. Le texte donc, extraordinairement poétique et les trois acteurs qui tour à tour deviennent narrateurs et personnages, incarnent le récit ou l’action, se mêlent et s’entremêlent, se passant le relais par le toucher ou par la parole.
Une véritable performance d’acteurs basée aussi sur une dramaturgie subtile et juste de Laurence Campet et sur un jeu de lumières chaudes et glacées qui les magnifie. Les trois acteurs sont bons mais l’interprétation de Fatima Aïbout est un cran au-dessus ; elle arrive à passer de manière plus délicate et significative du récit au personnage, de la nourrice à Pénélope avec une diction parfaite. Car c’est bien là la difficulté : faire basculer le spectateur sans qu’il soit désorienté et qu’il puisse entendre d’une manière nouvelle et tout au long du spectacle, ce texte sublime. La compagnie RL relève encore une fois le défi. Le spectateur reste comme hypnotisé par cette ronde des acteurs et des personnages qui se suivent, se cherchent et se trouvent. Ulysse peut à nouveau régner sans crainte et Homère peut continuer à dormir sur ses deux oreilles d’un sommeil éternel ; les trois aèdes ont accompli leur mission…
D’après l’Odyssée d’Homère
Par la compagnie RL
Mise en scène de René Loyon
Adaptation de René Loyon et Laurence Campet
Avec : Fatima Aïbout, Kevin Duplenne et Julien Muller / Dramaturgie : Laurence Campet, scénographie : Nicolas Sire, lumières : Laurent Castaingt, création sonore : Françoise Marchesseau, direction technique : François Sinapi

















Pas de commentaire pour l'instant