Remarqué par le « coup de cœur de la presse » au festival d’Avignon de 2010, le spectacle « Pourquoi mes frères et moi on est parti » évoque avec une très grande justesse le quotidien de quatre jeunes frères dans un paysage de détresse sociale.
Quand la simplicité donne rendez-vous à la qualité, le résultat est à la hauteur des meilleures espérances. L’écriture pourra surprendre certains incrédules tant elle fait lumière sur une réalité trop souvent cachée. Mais pour ceux qui ont vu, connu ou vécu dans les alentours ou au milieu de cette réalité, le texte se révèle comme la photographie d’une part d’humanité. Certains verront l’histoire se dérouler en Tunisie, de par les origines de l’auteur et quelques indices, mais rien n’est précisé pour laisser libre champ à l’universalité de la pièce.
Dali, Mo, Taco et Nour sont frères. Ils rêvent de voyages, d’évasion, de projets, de tout tant qu’il s’agit de partir. Mais il y a la mère qui est en train de mourir. Et il y a la misère et le chômage. Dali, l’aîné est désabusé. Il ne sert plus à rien de partir selon lui. Alors les quatre frères voyagent en sniffant de la chaux, et ils jouent au foot pour faire passer le temps. La violence, la drogue, la pauvreté et même la prostitution côtoient l’amour et la fraternité autour de rapports humains très forts.
Le théâtre pauvre a de beaux jours
Pas de quatrième mur à la Manufacture des Abesses. L’histoire de ces quatre frères nous invite à pénétrer un univers sombre et sans avenir tangible, un monde à l’intérieur duquel la poésie de l’auteur nous ouvre tous les possibles du rêve, du fantasme et de l’obsession. Et de ces possibles, les quatre comédiens s’en emparent à la manière d’enfants qui joueraient sur un terrain vague. Des enfants sans limite pour des comédiens jeunes, mais qui n’ont assurément pas attendu de vieillir pour être talentueux. Ils remplissent un espace vide et déplacent le théâtre au delà des murs. Dans cette ville du Sud, d’un pays chaud qui pourrait ressembler à une certaine Tabataba de Koltès, la parole est directe. On parle sans détours, on ne dit que l’essentiel, le nécessaire, le vital. La mise en scène de Yohan Manca laisse entendre un texte incisif, le porte, le sert. Le spectacle est si vivant qu’on en vient à regretter d’être assis silencieusement dans un fauteuil. On voudrait y être, de chaque côté, au milieu, fréquenter ces personnages qui deviennent attachants. Le pari est fait sur la sobriété. Rien ne manque. L’essentiel, comme nous le dit le metteur en scène, c’est la voix de l’auteur et les corps des comédiens. La voix de l’auteur, justement, est d’autant plus forte qu’il s’agit de celle d’Hédi Tillette de Clermont-Tonnerre, comédien issu du Conservatoire National Supérieur et également metteur en scène. Son texte est donc taillé sur mesure pour la scène par quelqu’un qui a l’habitude de la fréquenter. Si les personnages ne pensent qu’à aller voir ailleurs, le spectateur, lui, ne demande qu’à rester.
Texte : Hédi Tillette de Clermont-Tonerre
Mise en scène : Yohan Manca
avec Yohan Manca, Pierre Rochefort, François Papin et Stéphane Ramirez













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