Damien Odoul s’est confronté au mythe de Faust et présente tout le mois d’octobre sur la scène du théâtre des Bouffes du Nord ce rendez-vous prévu de longue date. Pour l’occasion il convie Mathieu Amalric à essayer la peau de ce personnage qui vend son âme au diable.

Le personnage de Faust, qui a traversé les époques et les frontières, ne cesse de passionner et d’intriguer. Magicien, savant, musicien, docteur… Le mythe a su se renouveler au fil du temps et au gré des actualités. La version de Méfausti est un nouveau regard sur ce personnage dans une époque qui nous est contemporaine, où la communication et les médias sont au cœur d’un processus d’organisation sociale mondiale. Si Faust était l’un de nous, qui serait-il ? Voici la question que s’est posée Damien Odoul. Un petit philosophe sans envergure qui écrirait des ouvrages de vulgarisation pour éblouir le commun des mortels et qui connaîtrait un grand succès, voilà sa réponse. Le rapprochement avec un certain philosophe réel n’est pas évité, bien au contraire, surtout lorsque ce Faust en question réclame pour femme une jeune poupée blonde à forte poitrine et taille de guêpe qui puisse également chanter. Mais ce rapprochement n’est qu’une diversion, une sorte de clin d’oeil.

Beaucoup de bruit et trop peu à se mettre sous la dent
Dieu est mort, le Diable avec, très probablement, et nous évoluons dans une époque où la morale est asservie à d’autres valeurs bien plus importantes. Alors pourquoi réveiller ce vieux Méphistophéles ? Sans doute pour nous signifier à quel point celui-ci serait ridicule face à l’homme moderne, capable de cruautés pires encore que celles du Diable. Par ce contrat de cession d’âme, on comprend vite que Méphistophéles a plus à perdre que Faust lui-même.

La pièce repose en très grande partie sur le charisme de Mathieu Amalric, sur l’énergie de groupe, mais surtout sur l’esprit du lieu unique des Bouffes du Nord. La dramaturgie quant à elle est très intellectuelle. L’ensemble forme un patchwork de tableaux vivants liés par une musique crée en direct. L’actualisation du mythe est intéressante, mais ne va pourtant pas bien loin. On nous apprend que l’enfer se situe sur Terre, et qu’il repose sur autrui. Une fois la démonstration faite, on attend gentiment la fin qui tarde à venir. On se délecte toutefois des images, des personnages proposés, des scènes qui font sourire, d’autres cyniques, d’autres loufoques. La scénographie de la décadence de Méfausti est très agréable à voir et à entendre. Mais cela ne semble pas suffire. Une pièce qui nous laisse sur notre faim.

Méfausti
Mise en scène et scénographie : Damien Odoul
De Damien Odoul et David Wahl
Avec Mathieu Amalric, Mohamed Aroussi, Fabrice Bénichou, Cécile Chatignoux, Pauline Jcquard, Damien Odoul, Aurélie Mestres David Wahl
Création sonore : Aurélie Mestres
Lumières : Sylvain Rodriguez et Damien Odoul
Pyrotechnie : Patrick Levy
Toile peinte : Alain Frentzel