Encore un spectacle de femmes, encore une succession de générations, comme un schéma qui se reproduit ces derniers temps au théâtre.
Parce que la petite histoire et la grande sont intimement liées, ces histoires personnelles en racontent beaucoup sur la fondation de la génération actuelle. Comment en est-on arrivé là? Caroline Sahuquet, Barbara Grau , Alexandra Galibert et Stéphanie Colonna montrent ici quatre générations de femmes qui ont essayé tant bien que mal de se faire une place dans une société qui ne les acceptait pas.
Virgnia se réveille d’une tentative de suicide. Vision ou réalité, elle est entourée de trois femmes qui lui sont étrangement familières. Rien moins que sa mère, sa grand-mère et son arrière grand-mère qui sont toutes trois mortes depuis longtemps. Viennent-elles pour la secouer? L’aider? Lui dire la vérité? Elles-mêmes ne savent pas pourquoi elles sont revenues…
De l’une à l’autre
La première chose que l’on remarque c’est ce très beau décor de Camille Duchemin. Des dessins, une machine à coudre, un mannequin habillé de quelques tissus et une méridienne en fond. On sent déjà l’influence des différentes générations qui ont habité l’appartement représenté sur scène.
Lorsque le spectacle commence le public est un peu perdu par ces quatre actrices au jeu si différent. Il y a presque un problème de genre, elles ne jouent pas la même pièce. Pourtant ce qui pouvait déranger s’avère rapidement ingénieux car si chacune joue dans un ton très différent, c’est qu’elle représente son époque. Epoque que leurs costumes permettent également d’identifier assez rapidement. Le démarrage est long en courses poursuites mais, dès que l’on entre dans le vif, les émotions sont superbement portées par ces artistes complètes. Quelques répliques bien senties traitent avec humour du caractère des femmes. Et ce dit « caractère » n’est pas tant un trait de féminité qu’un héritage évident. Un travail précis sur les gestes qui se transmettent et les non-dits qui pèsent d’une génération sur l’autre.
A travers la pièce c’est le parcours de recherche identitaire d’une jeune femme en devenir. Son rapport à l’homme, au père, la naissance de ses névroses, de ses joies et de ses peurs… Et cette histoire est si intime et juste qu’elle dévoile la formation de cette génération perdue. Cette génération d’artistes brimés, de jeunes femmes en crise. Une mise en scène bien étudiée qui met en valeur ce texte riche, particulièrement par le travail des personnages. Tout est limpide et on en sort avec l’impression d’avoir élucidé le mystère des conflits intimes et sociaux. Dans la rue Mouffetard, il n’y a pas que des sorcières, il y a un beau théâtre qui a offert un espace d’expression aux femmes en ouvrant ses portes à cette pièce étonnante.
De et avec Stéphanie Colonna, Alexandra Galibert, Barbara Grau et Caroline Sahuquet
Mise en scène de Justine Heynemann
Crédit photo: Cindy Doutres













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