Voilà un joli spectacle haut en couleurs et en rebondissements à voir en famille, aussi transgénérationnel que peuvent l’être les fables de La Fontaine qui lui servent de socle. Une révision pour certains, une découverte pour d’autres.

Monsieur de la Fontaine, dont les fables enchantent toute l’aristocratie, est convié à une réception chez madame de la Fablière. Dans la mesure où il brigue un fauteuil à l’Académie Française, cette soirée revêt une importance capitale pour lui. Pas le droit à un seul faux pas. Il fait donc appel à sa servante Francine pour le guider dans le choix des vers qu’il déclamera. La jeune femme, à la langue bien pendue, va s’avérer d’un précieux conseil, mais pas dans le sens où l’on pourrait l’imaginer…

On les a tous récitées un jour ou l’autre. Mais les fables de la Fontaine, c’est comme les chansons de Brassens, on en connaît peu et trop bien, ce qui nous excuserait presque d’en négliger tant d’autres et de très bonnes. L’amnésie collective y a aussi sa part de responsabilité…

Ce que propose Milena Vlach dans ce spectacle haut en couleurs, c’est précisément de revenir sur une œuvre mal connue à force de l’être trop. Une petite dizaine de fables (sur les 240 écrites) vont donc se succéder sur scène, savamment scénarisées, mises en scène et en musique. Si l’on se prend à devancer du bout des lèvres le comédien sur « La Cigale et la Fourmi » ou « Le Loup et le Chien », la découverte sera probablement totale pour beaucoup avec « Les obsèques de la Lionne » ou « Le Lion et le Moucheron ».

Divine harpe
Chacune des fables est amenée pour illustrer l’histoire qui a été suffisamment pensée pour ne pas leur servir de simple faire-valoir. L’astuce, et c’est aussi en cela que le propos est éminemment moderne, va consister à retourner contre l’auteur ses propres vers. Manière de dire qu’il serait bien de temps en temps de respecter ce que l’on écrit au lieu de se contenter d’en asséner la terre entière sans en penser un traitre mot.

C’est une malle qui sert d’élément central au décor. Objet magique, d’où l’on réveille mille choses, empesées de mystères pour certains, porteuses de souvenirs pour d’autres, un peu à l’image du livre de La Fontaine, au fond… Elle sera baignoire, prison, placard autour desquels les deux comédiens, tous deux excellents (Milena Vlach dans le rôle de la servante est splendide et développe un spectre de jeu vraiment impressionnant) nous entraîneront dans leurs délires fabulistes. Ils sont accompagnés d’une harpe sur laquelle courent les doigts d’Audrey Saad, qui apporte une touche de finesse, de poésie et de sensibilité au milieu de ce spectacle très physique et déluré. L’équilibre parfait.

Je me sers d’animaux pour instruire les hommes
D’après les Fables de Jean de la Fontaine
Mise en scène et texte additionnel : Milena Vlach
Avec Alexandre Palma Salas, Milena Vlach, Audrey Saad
Direction d’acteur : Smael Benabdelouhab
Costumes : Nathalie Palma
Masques : Guy Levesque
Maquillages : Virginie Lacaille
Décor : Jean-Marie Eichert
Création musicale : Marjolaine Cambon
Création lumière : James Galonnier
Crédit photo : cieaigledesable