Brûlant hommage à la mémoire des rapatriés d’Indochine, Cafi aborde avec une délicatesse et une justesse rares le récit de vie de ces oubliés de l’histoire, français sans l’être, rendus étrangers dans le pays même qui les a vus naître, le Vietnam, et qu’on a parqués à la défaite de la guerre dans des camps militaires en France. 

Vladia Merlet qui a écrit le texte et qui l’interprète dépose dans un écrin de poésie une fable poignante et cruelle. Celle d’une histoire passée sous silence. L’alchimie de la création collective de Cafi ne pouvait pas mettre en lumière plus sensiblement et plus humainement ces morceaux de vies. Le concours d’une musique soignée, au service du jeu, d’une scénographie superbement sobre, d’une lumière tout en finesse, sous l’orchestration générale de Georges Bigot, donne naissance à un instant de grâce inoubliable.
 
C’est Louise qui, du haut de ses neuf ans, nous raconte son voyage, et celui de sa famille, de Hanoï jusqu’au Centre d’Accueil des Français d’Indochine à Sainte Livrade dans le Lot et Garonne, en 1956. Elle évoque, sans pathos, la condition de ces rapatriés depuis cette époque jusqu’à nos jours, où le camp existe encore. Elle y dépeint les espoirs d’une population, leurs désillusions, leurs combats quotidiens pour se faire accepter, pour être «intégrés» et la précarité dans laquelle ils ont été contraints de se faire une place.
 
La vie des “rats pas triés”
Évoquer des épisodes comme celui des rapatriés d’Indochine ou celui des Harkis, c’est donner au théâtre un rôle politique mais surtout social et humaniste. C’est le chemin que nous propose CAFI, avec un regard tendre et une humilité qui appelle le respect. La scénographie nous transporte et nous invite au voyage. Le camp de Sainte Livrade est dessiné avec une précision qui fait froid dans le dos. Vladia Merlet égraine les chapitres un à un de la pièce dans un crescendo saisissant d’émotions. Le talent ne lui manque pas plus que la précision. Le jeu est pur, la voix est sincère. Les personnages nous apparaissent comme des évidences méconnues. L’humour ne manque pas non plus, et toujours servi par une poésie à fleur de peau. Cafi est une pièce résolument contemporaine qui s’adresse à tout le monde. Les spectateurs ne sont plus seulement des spectateurs mais les témoins d’un tour de magie, des enfants qui découvrent une histoire avec émerveillement et stupéfaction. A de nombreux moments on a le souffle court. Les mots manquent pour traduire une aussi parfaite harmonie entre des artistes accomplis et brillants. Les applaudissements durent. Le silence qui suit est puissant. Peu après on s’interroge. Cela est il vrai ? Cette histoire, est-elle notre histoire ? Est-ce que Sainte Livrade existe vraiment ? Le spectacle est étourdissant.
 
Récemment il a été décidé de raser le camp de Sainte Livrade. Mais en effaçant un tel campement, aussi effroyable puisse t’il être, c’est la mémoire de « rapatriés expatriés » qu’on s’apprête à effacer. La pièce de Vladia Merlet nous invite à ne pas oublier notre histoire, à ne pas oublier l’histoire.

Cafi
Par la Compagnie Par les temps qui courent
Création collective dirigée par Georges Bigot
Écriture et Interprétation : Vladia Merlet
Texte écrit à partir de témoignages des habitants du Centre d’Accueil de Sainte-Livrade-sur-Lot
Ambiance Sonore et Interprétation : David Cabiac
Interprétation et suivi de mise en scène : Frédéric Laroussarie
Création lumière : Joël Coupé assistée de Pamela de Buhan et Georges Bigot
Costumes et accessoires: Stefany Valet