Soif, c’est une comédie légère qui révèle un patrimoine gastronomique français sous ses plus belles couleurs. Il y est question de vin, d’huîtres, de foie gras, de Saint-Nectaire fermier, de vin encore et des relations homme femme. Une chose est sûre, on ne peut sortir de ce spectacle qu’affamé.
Le spectateur curieux était averti. Corinne Touzet déconseillait, sur son site officiel, de venir la voir jouer avant le 13 septembre, argumentant que la première semaine de représentations était « nécessaire pour que la pièce prenne toute son ampleur, pour que tout soit calé et que la pression soit moins forte. » Si l’annonce peut surprendre avant de voir le spectacle, on en saisit particulièrement le sens en sortant. Le travail semble effectivement inachevé et au terme de la seconde semaine la salle n’est qu’à demi remplie. « Volonté des acteurs » nous avertit-on.
Deux amis de très longue date, confidents de la première heure, se retrouvent après cinq ans sans se voir. Elle, une journaliste intello-branchée vit avec son « bûcheron », pas très cultivé mais très tendre. Lui, l’homme fidèle et dévoué, s’est établit avec une une personnalité de la télévision, très belle et très occupée par son travail et ses relations professionnelles. Mais ce soir là, sans leurs moitiés respectives, les retrouvailles entre les deux personnages vont soulever des interrogations lourdes de conséquences.
De l’impossibilité de zapper au théâtre
Dès le début, Fred Nony, l’auteur de la pièce et le partenaire de scène de Corinne Touzet, réalise une performance d’acteur très haute en couleur, et la tiendra dignement jusqu’à la fin. Son personnage est dessiné au couteau. Son énergie et son charisme sont remarquables. Il fallait bien ça pour contrebalancer le jeu de sa partenaire, gauche, monotone et passif. Si elle arrive quelques fois à être juste, dans la tension psycho-dramatique, sa partition nous semble bien longue. Quant au texte, il ne se montre pas avare en clichés. On y apprend entre autre que l’homme n’a pas de sentiment mais seulement un sexe, qu’il ronfle après avoir fait l’amour car lorsque la femme parle elle est forcément soporifique. Le tout enrobé d’une vulgarité mondaine. En revanche la générosité est moins de rigueur en matière d’intrigue. Celle-ci n’arrive à la fin et ne parvient pas à réveiller le public. Sans doute parce qu’on s’y attendait avant même de rentrer dans la salle. La scénographie très élégante et le travail de lumière précis ne suffiront pas à convaincre le public. Les avis semblent unanimes à la sortie. Mais la surprise arrive après le salut : la production offre un verre de vin aux spectateurs.
De Fred Nony
Mise en scène de Marion Sarraut assistée de Sophie Mayer
avec Corinne Touzet et Fred Nony
scénographie : Didier Gauduchon
lumières : Jean-Marie Prouvèze
musique : Renaud Garcia-Fons












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