Une chose aussi simple que marcher dans la rue avec la personne qu’on aime, ce n’est pas si évident. Couples mixtes, couples homosexuels, couples hors norme, toutes les intolérances courent. Et, il faut bien le dire, facebook et les autres médias ont nettement réduit l’espace de vie privée. Il est donc important aujourd’hui plus que jamais de traiter de ce sujet, la lutte de l’amour et de la haine. La pièce nous présente le combat des opprimés sur plusieurs générations. Saura-t-elle affronter l’ampleur du débat?

A travers le personnage d’Ossyane nous est raconté toute l’épopée de sa famille. Ces Levantins luttent à travers l’histoire contre la folie des hommes: génocide arménien, seconde guerre mondiale, conflit israélo-palestinien… Ossyane est prédestiné, son nom signifie « insoumission, révolte, rébellion ». Lui, ne demandait qu’à simplement poursuivre des études de médecine. La seconde guerre l’embarquera dans la résistance. Il rencontre Clara dont les parents ont étés déportés. L’amour pourra-t-il être plus fort que la violence des hommes?

Insoumission, révolte, rébellion
La première partie est rapide et efficace, on croirait presque un documentaire sur la vie de cette famille. Les comédiens se transforment, changent de voix et de corps pour interpréter les différents personnages. L’histoire est terrible, terrassante et peu à peu nous donne envie de connaître la suite. Ossyane souhaite partir loin de son patrimoine, se libérer du poids de l’histoire familiale pour découvrir enfin la sienne. Le personnage est touchant et fort. L’écriture est implacable, elle oscille entre le concret tranchant d’une réalité crue et la poésie de certains monologues. Le décor bien que conséquent est épuré, il permet des changements de lieu à vue et rapides.

Le rythme s’embrase et progressivement la fièvre monte tant du côté du plateau que des spectateurs. Le point marquant est la rupture d’Ossyane vers la folie. Les longs monologues sont époustouflants et l’on pourrait rester des heures à écouter cet homme à la dérive. La mise en scène est épatante car elle agit sans tapage et mène le spectateur de l’intérêt à l’émotion forte. On en sort changé et, pour certains, bouleversés par ce spectacle riche et intense. Une spectacle à prescrire à tous les futurs votants. Jusqu’où peut-on se laisser emporter et où range-t-on sa mémoire?

Ossyane
D’après Amin Maalouf
Mise en scène Grégoire Cuvier
Avec Christine Braconnier, Jean-Marc Charrier, Christophe Chêne-Cailleteau, Olivier Cherki, Audrey Louis, Yvon Martin et Stéphane Temkine
Crédit photo: Christophe Henry