Au théâtre, un imaginaire se met en branle : trois coups lourdement frappés, un rideau rouge qui se lève, des lumières qui s’éteignent doucement. Puis un silence religieux s’instaure. On pense, à tort, dorures et corsets, jabots et déclamations.

Puis, on découvre Dernier coup de ciseaux. Avec un programme pareil, ce sera une tragédie, c’est sûr ! On sera servi : crime et hystérie, il y aura. Certes, mais dans un salon de coiffure et sur fond de Mika, Georges Michael et autres Village People… Il ne faut pas longtemps pour s’imaginer, portés par les tubes édulcorés qui éclaboussent nos fauteuils de velours, pousser la porte d’un improbable barbier du Marais !

Le huis clos, bien plus léger que celui de Sartre, est planté. Six caricatures s’y donnent la réplique : une shampouineuse Tex Averyesque au décolleté plongeant, son acolyte gay absolument irrésistible dans son micro-short moulant, une bourgeoise aux breloques clinquantes, un producteur sans scrupules et un duo de flics mal assortis. La découverte du cadavre de la riche et célèbre voisine du salon va contraindre ce petit monde mal assorti à mener l’enquête pour découvrir l’assassin parmi eux… avec l’aide d’un public conquis !

Ne coupez pas!
Cette pièce de Paul Pörtner, véritable classique aux États-Unis, connaît un coup de jeune grâce à la mise en scène dépoussiérante de Sébastien Azzopardi. Sa troupe récidive avec succès après le Tour du monde en 80 jours et Mission Florimont. Les répliques, inspirées de l’actualité politique et culturelle, sont irrésistibles. Malgré une entrée en matière un peu longue mais néanmoins rythmée, le public se retrouve happé par cette enquête policière dont il devient le héros. Dans une atmosphère détendue mais attentive, les mains des spectateurs se lèvent pour guider les policiers dans leur enquête. Ce qui donne lieu à des quiproquos et des répliques improbables !

On en admire d’autant plus le talent des comédiens pour retomber sur leurs pattes et improviser selon le scenario du jour. Surtout, chaque représentation est unique puisque c’est le public, en votant, qui rend son verdict. On voudrait y aller chaque soir pour connaître tous les dénouements possibles. C’est la pièce que l’on aimerait aller voir tant avec sa grand-mère que sa moitié, ses copains ou ses enfants. Et pourquoi pas à chaque fois d’ailleurs… En tout cas, un vrai régal !

Dernier coup de ciseaux
De Paul Pörtner (Shear Madness, titre anglais)
Un spectacle de Matilyn Abrams et Bruce Jordan
Texte français : Sébastien Azzopardi et Sacha Danino
Mise en scène : Sébastien Azzopardi
Avec Domitille Bioret, Romain Canard, Réjane Lefoul, Yan Mercoeur, Bruno Sanches, Olivier Solivérès