L’aventure de « Masques et nez » se poursuit à Avignon… Un spectacle ou l’ histoire est chaque fois différente, un spectacle dans lequel vous ne vous sentirez jamais autant comédien.
Igor Mendjisky a été initié au travail du masque au conservatoire national par Mario Gonzales, un maitre en la matière qui depuis des années dispense des cours dans le monde entier. L’idée du spectacle est née de la volonté de sortir le spectateur de sa passivité habituelle en créant d’une part une proximité sincère avec le personnage, et d’autre part en rendant nécessaire le spectateur.
Nous assistons à un cours de théâtre amateur, sur scène, six comédiens se présentent tour à tour, ils viennent d’univers très différents: Du prof au ferrailleur un peu paumé venu là pour canaliser son agressivité. Ils exposent leur humeur du jour et chaque prise de parole dessine un peu plus les tempéraments dans lesquelles nous retrouvons vite un bout de soi, d’un ami ou d’une connaissance. Depuis la salle, Igor Mendjisky joue son propre rôle de metteur en scène et orchestre le cours: chansons, textes classiques, répliques de films, les élèves exposent leur travail dans une ambiance délurée et en parfaite symbiose avec le public.
« Le tout est possible n’est pas le n’importe quoi »
En laissant une large place à l’improvisation, le spectacle est en évolution constante. Face à l’imprévu, le spectateur est tenu en haleine par ces six comédiens remarquables de justesse et de crédibilité. Ils nous semblent familiers et cette proximité développe un soutien particulier: nous vivons à travers eux un cours de théâtre amateur. Loin de la complaisance, nous sommes à la fois charmés, gênés, attendris, une connivence avec le public rare et précieuse au théâtre. Cette pratique d’improvisation, proche des canevas utilisés par la commedia dell arte, met le comédien dans un inconfort qui sert divinement bien le jeu. De cette vulnérabilité nait une spontanéité et une émotion vraie. Le metteur en scène modernise ici l’utilisation du masque avec un propos appuyé par des références très actuelles: notamment une parodie hilarante du film « Le Titanic ». Sur le plateau, quelques chaises et instruments de musique, un minimum d’accessoires qui permettent pourtant de moduler parfaitement le scénario au gré des envies. Une mise en scène audacieuse, qui illustre et donne du sens à la notion de « spectacle vivant ».
Masques et Nez
Mise en scène : Igor Mendjisky
Interprète(s) : Laurent Ferraro, Clément Aubert, Arnaud Pfeiffer, Adrien Melin, Paul Jeanson, Igor Mendjisky, Jeanne Arènes, Esther Van Den Driessche, Marc Arnaud
Création masques : Etienne Champion
Jusqu’au 31 juillet à 15h45
Théâtre des Béliers
53, rue du Portail Magnanen, 84000 Avignon
Réservations: +33 (0)4 90 82 21 07
Site web













Spectateurs intrusifs et curieux que nous sommes, nous voilà plongés au cœur d’un cours d’improvisation orchestré par Igor, professeur de théâtre.
Pour autant, nulle barrière entre le spectateur et les comédiens.
Laissons-nous guider par la danse infernale de ses élèves vêtus de masques et de nez, venus d’ici et parfois d’ailleurs !
Assis, debout, au centre, on marche, on court, on slame, on déambule, on s’assoit, on se lève, on s’exprime avec tendresse, timidité, effroi, colère et virulence, on confie ses humeurs, on pousse la chansonnette et on laisse son corps s’emballer au son des accords de guitare.
La justesse et le réalisme de ce cours tiennent à ces petits détails : on arrive en retard, on ne connaît pas toujours son texte (et après tout qu’importe, la lecture de texte est aussi un exercice théâtral – ainsi s’en défend-on), on se distrait, on se trompe, on corrige, on progresse.
La pertinence de ces exercices quant à elle provient du roi qui les profère mais prend tout son envol par le biais de ses brillants sujets. On lit Michaux, Hugo, La Fontaine… et on laisse sa plume s’exprimer au gré de ses envies !
Sur un rythme entraînant et divertissant, nous passons de la joie à la tristesse avec la même facilité que ces élèves dont nous apprenons progressivement à découvrir les personnalités.
En sortant, notre curiosité est satisfaite et nous aussi nous souhaiterions intégrer le cours d’Igor, non pour la qualité et la quantité de ses exercices, mais pour la virtuosité sous-jacente qu’il parvient à extérioriser de ses disciples.
Nous voilà emportés dans cette impro très pro puisque contrôlée et qui, de surcroît, nous fait rire… que demander sinon d’y retourner !