L’an dernier, on avait découvert Thierry Lefever sur une scène dépouillée, juste équipé d’une chaise et d’un chapeau. Il s’était mis en tête d’interpréter Sur la route, l’immense roman frénétique de Jack Kerouac et nous avait mis dans la tête tant de couleurs, d’énergie, de folie qu’on en était sorti stupéfait, un peu déboussolé mais absolument enthousiaste. S’attaquer à pareille oeuvre seul au volant de sa voiture imaginaire, rendre au spectateur le rythme et la substance de ce roman unique nous avait déjà semblé très fort.
Une soif intarissable de vie
Cette année, Thierry Lefever présente à nouveau Sur la route les jours pairs au théâtre des 3 soleils à Avignon. Et comme si la débauche d’énergie qu’il livre durant 1h10 ne suffisait pas à tarir son goût pour les lignes frénétiques de Kerouac, il commet l’impair délicieux de servir au public un jour sur deux Les clochards célestes, autre récit splendide du plus breton des auteurs américains. Ici, il s’agit encore et toujours de pérégrinations à travers l’Amérique des années 50. Jack Kerouac continue avec cette oeuvre de raconter sa vie et celle de ses amis, routards de la beat generation, wagabond-poètes embarqués dans les trains de marchandises sillonnant le pays d’est en ouest, du nord au sud, à la recherche du plaisir, de la poésie et pour ce qui concerne ce récit particulier, d’une forme de transcendance. Ces clochards célestes mènent une vie extatique, à l’abri des sirènes de la consommation, pauvres et heureux, riches de rencontres, d’expériences, de communion avec la nature. Une bande d’illuminés avec laquelle on voudrait faire un bout de chemin pour sentir cette soif absolue de vie et surmonter toutes les épreuves avec la relativité magique qui les anime.
Moins haletant que Sur la route du point de vue du style, ce roman est construit sur un rythme où les phrases tourbillonnent à une cadence infernale et finissent par trouver leur respiration dans une réflexion contemplative aux accents philosophiques. Transformer ce récit en pièce de théâtre était encore un défi osé. Thierry Lefever, qui ne semble s’effrayer de rien, le relève à nouveau avec une facilité déconcertante. Pour cela, il a d’abord fallu pénétrer le roman, en compiler les parties emblématiques, les rendre cohérentes et surtout, ne pas trahir l’esprit du maitre. Sur cette partie du travail, le comédien installé en Dordogne s’en sort à merveille, l’oeuvre n’est en rien dépouillée. Mais au-delà, il fallait conter cette histoire sans morale, sans but. Le comédien a dû se laisser pénétrer par le style unique de l’auteur et finir par transpirer les gouttes béates de ces clochards étoilés et les faire filer dans le public. Et là, il n’y a pas de doute, c’est une réussite. On se retrouve en présence de Ray Smith, héraut de toute une génération, humble narrateur et conteur halluciné. Thierry Lefever n’interprète pas, il (ré)incarne ce wagabond boudhiste transi de jazz.
Sa performance est épatante, courrez vite vous cacher dans le train de marchandise le plus proche et arrêtez-vous à Avignon. C’est au Trois Soleils jusqu’au 29 juillet.
En alternance avec Sur la route (jours pairs)
Du 8 au 29 juillet
Théâtre des 3 soleils
Site web
Cie Raoul et Rita
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Interprète(s) : Thierry Lefever
Metteur en scène : Thierry Lefever
Assistante mise en scène : Diane Meunier













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