Le grand public a découvert Muriel Montossey dans la fameuse émission « La classe » présentée par Fabrice à la fin des années 80. C’est là qu’elle a affuté ses armes, le charme et la sensualité, en incarnant une sorte de Marylin Monroe à la française. Sur ces bancs de cette « école », elle a côtoyé Muriel Robin, Pierre Palmade, ou encore Bigard. Depuis elle a fait du chemin sur les planches, dans des séries télévisées et au cinéma avant de sauter le pas très risqué de l’écriture.

« Le choc d’Icare » est l’histoire d’Ariane (interprétée par Muriel), une femme de plus de 50 ans, critique de théâtre, sûre d’elle en apparence, passant d’amant en amant avant de tomber sur l’auteur d’une pièce qu’elle doit aller voir le soir même ! Ce dernier va la séquestrer et la révéler à elle-même en déroulant le fil de sa vie, le fil d’un labyrinthe qu’elle ne quittera peut-être jamais. Le texte est fin, intelligent et joue sur cette mise en abyme de l’auteur-critique-comédien. Dans une mise en scène tout en tension, les deux acteurs jouent au chat et à la souris, entre amour et haine, jusqu’à nous angoisser terriblement. Et lorsqu’on est soi-même critique et comédien, il y a de quoi être très troublé !

Comment est née l’envie d’écrire cette pièce et comment s’est-elle montée finalement ?
« L’envie date d’il y a 5 ans, j’étais à la campagne et j’ai eu une envie violente d’écrire. Devant ma feuille blanche je savais que je voulais parler d’un homme et d’une femme. Le rôle masculin, je l’ai écris pour un homme pour qui j’avais un penchant et celui de la femme pour une autre comédienne plus âgée que moi. Avant ça, J’avais plus l’habitude d’écrire des fables ce qui m’a appris à dire des choses essentielles avec peu de mots. Cela a vraiment déteint sur moi et sur cette écriture. Puis l’histoire s’est déroulée comme un film, j’ai davantage pensé à un scénario, directement dialogué, dans l’immédiateté. J’ai commencé à écrire, ne plus m’arrêter comme un train qu’on prend sans pouvoir y descendre pour aller jusqu’au bout. Mais l’acteur auquel j’ai pensé a eu d’autres propositions et j’ai dû attendre 5 ans avant de ressortir la pièce du tiroir ! Ce fut grâce à un ami qui m’avait conseillé de la jouer moi-même avec mon partenaire de l’époque dans « un Maupassant », Thierry Gibon. Je l’ai relu et voilà : le travail est reparti avec Thierry donc, un comédien exceptionnel, et avec Fabrice Lotou à la mise en scène qui m’a énormément encouragée. »

Parlez-nous de cette mise en abyme entre auteur-critique de théâtre- comédien qui transpire dans le spectacle et aussi de la grande part que prend la mythologie.
« Lorsque le personnage de Romain, l’auteur, se confronte à Ariane, la critique, comme dans un duel, je voulais absolument faire « vivre la pièce » et pour traduire ça, j’ai eu l’idée du théâtre dans le théâtre. Ca m’a fasciné car plus un acteur est bon plus il truque, plus il a de la technique. Les acteurs ont la sincérité de sentiments mais pas celle de l’acte. Il faut donner le sentiment de s’aimer ou de se haïr. Plus on est sincère, plus on fait semblant au théâtre. C’est un paradoxe. Et puis, il y a évidemment l’angoisse de l’auteur que je suis bien plus que le trac de la comédienne vis-à-vis de la critique. On se dit que si la pièce est ratée on met tout le monde en péril ! C’est horrible le jour de la première ! Concernant la mythologie, ce qui m’intéressait c’est la sensualité qu’elle évoque avec les Dieux, les hommes forts, battants, romantiques. Ce qui me correspond. II y a aussi l’Amour, la conquête, la beauté, l’aventure avec ses rebondissements. J’ai donc détourné le mythe d’Ariane qui aide Thésée dans le labyrinthe avec la pelote de fil d’or et Fabrice (Romain) a fait entrer le Minotaure comme un fantasme. Quant à Icare, le parallèle était évident : l’auteur, comme Icare, a soif de notoriété, de reconnaissance ; souvent dans l’ombre, il a besoin de se rapprocher du soleil au risque de se brûler les ailes, de tout perdre et d’être malheureux. Les ailes renforcent le fantasme et donnent une touche de couleur. Fabrice Lotou a vraiment voulu montrer cet aspect onirique en particulier dans la deuxième partie du spectacle. »

On sent aussi, dans « Le Choc d’Icare », cette sensibilité très forte envers la fragilité des êtres, de leurs failles mais aussi de leur envie d’aimer au-delà de l’âge, de la raison même ?
« Oui, Ariane, trop sûre d’elle elle et qui croyait ne plus aimer, va découvrir toutes ses failles face à cet « auteur-psy » qui va la faire craquer même si lui aussi est fragile. Ca montre qu’on a tous nos failles. Moi j’ai l’apparence d’une femme forte mais j’ai mes failles que je n’aime pas montrer. J’aime cette fragilité chez les hommes. Et oui mon message est aussi de dire qu’on peut tomber amoureux à tout âge. Le désir ne s’arrête pas. Je dis bien le désir bien plus que l’amour. On peut désirer aussi bien des hommes que des femmes. L’avenir pour moi est dans la bissexualité, un retour à l’antiquité en quelque sorte ! Moi qui est connu la libération de la femme, j’ai vécu l’arrivée du sida comme une douche froide. D’où l’évocation aussi de l’homosexualité, du préservatif et finalement, au-delà de ça, du «désir qui est plus fort que la raison». J’ai voulu, dans  « Le choc d’Icare », dresser un tableau aux multiples touches, envoyer les mots comme des flèches qui touchent les spectateurs. Et j’espère les atteindre comme cette dame qui m’a dit si justement : «Votre pièce, on ne la regarde pas, on la vit.» »

Le choc d’Icare
Comédie de Muriel Montossey
Mise en scène : Fabrice Lotou
Avec Muriel Montossey (Ariane), Thierry Gibon (Romain) et la voix de Michel Grand