Louis-Ferdinand Céline, voilà une plume qui dérange, qui passionne. Une plume ciselée, précise, folle qui ne laisse jamais indifférent. Une de celles qui donnent la nausée ou provoquent un enthousiasme débordant, c’est selon. Une plume comme un couteau qui sonde au plus profond de la chair les travers humains, aiguisée sur des rocs de mépris, des montagnes de douleurs. Céline n’a rien de consensuel et cela lui vaut, encore aujourd’hui, d’être souvent boudé au théâtre.

En 2007, Ludovic Longelin se penche sur des entretiens radiophoniques donnés par l’auteur dans les années 50 et commence à écrire « Dieu, qu’ils étaient lourds…! ». Marc-Henri Lamande se retrouve alors seul sur scène, assis dans un fauteuil « comme une chaise électrique » à reprendre les mots de l’écrivain, à les incarner et nous, spectateurs inquiets, à les recevoir en pleine figure au travers d’un entretien avec un journaliste planqué dans le public. Il y évoque son enfance, ses parents, son goût pour la médecine, ses prises de positions antisémites dont il se repent en citant Albertine Marat, la soeur du révolutionnaire : « Ce sont là turpitudes humaines qu’un peu de sable efface » et plus que tout son style. Son style, car c’est tout ce qu’il reste aux écrivains dans cette modernité qui les happe, où les histoires sont partout dans le commun, le vulgaire.

« Au commencement était l’émotion »
Les mots sont crus, sans concession, ils filent, ils fusent, s’entrechoquent, se suspendent pour mieux retomber comme autant de missiles éclairés. Après une heure à répondre, l’écrivain se lève, las, et s’en va lentement dans la nuit. C’est la fin du voyage. Le spectateur, lui, est sous le choc d’une rencontre mythique, il en voudrait plus mais Céline a tiré sa révérence sur des points de suspension. Une heure dix qui semble quinze minutes à rire aux provocations, à s’attendrir parfois, à ne jamais détester, c’est étonnant. La performance de Marc-Henri Lamande est magistrale et résonne encore dans nos esprits troublés bien des heures après.

Dieu, qu’ils étaient lourds…!
Conception/adaptation/mise en scène : Ludovic Longevin
Avec Véronique Rivière, Régis Bourgade, Marc-Henri Lamande, Ludovic Longelin
Jusqu’au 23 juillet 2011
Du mardi au samedi à 20h

Lucernaire
53 rue Notre-Dame des champs, 75006 Paris.
Réservations: 01 42 22 26 50
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