Résumer les onze tragédies de Racine en 1h10 ; est-ce prendre Jean Racine par ses racines que de le compresser comme César le ferait d’une Peugeot 205, et pourquoi pas? Est-ce que cela donne une œuvre pour autant, et qu’est-ce que ça peut raconter!?!

Dès son entrée, le spectateur est cueilli par cinq comédiens encapuchonnés. Le plateau nu et les voûtes aux pierres apparentes de l’Essaïon font résonner les vers susurrés. Déjà à nos oreilles quelques sons familiers « mais qui ssssont ssssses sssssserpents qui ssssssifflent ssssssur nos têtes »… plongés avant même d’être assis dans une profondeur intrigante qui pourrait bien se révéler trompeuse…

« Jean Racine, qui êtes-vous? » semble sonder la pièce, construite comme un puzzle pour retracer l’œuvre tout entière d’un type né en 1639. Au centre, les vers de l’auteur avec un grand V. Puis autour, chaque pièce du puzzle propose une critique par ci, une explication par là, un trait d’humour, les acteurs jouent à jouer ; du Racine en répétition, du Jean en interview, ses personnages en joggers forcément bavards…. ça dépoussière, rafraîchit, humourise (du verbe ‘humouriser’, si si!)

Les Alexandrins Anonymes nous ramènent donc Racine en 2011!
La sobriété de la mise en scène et des costumes permet de passer aisément d’un univers à l’autre, on rit quand Racine est convoqué en personne, ou lorsque Iphigénie fait son cinéma muet, on s’émerveille d’un récit de bataille en ombres chinoises, mais les acteurs eux-même n’ont que trop peu la possibilité de jouer réellement du Racine, et c’est là que le bât blesse. Oui, Racine c’est long, sans doute trop long pour les zappeurs frénétiques que nous sommes! Mais à trop condenser, à trop expliquer, on en perd quand même la substantifique moelle.

Alberto Lombardo tire son épingle du jeu sur les derniers instants de la pièce, en Phèdre éplorée. Enfin un moment où il nous est donné à entendre plus de trois minutes de Racine! La didactique sur la dramaturgie racinienne est assez sommaire pour ne pas dire réductrice, c’est relativement frustrant.

Le puzzle ne s’articule pas très bien, les acteurs passent d’un genre à un autre faisant rire parfois, mais sans émouvoir vraiment, les racines de Racine semblent bien superficielles et on se demanderait presque pourquoi celui-là a traversé les siècles plutôt qu’un autre. Mais rendons à César ce qui est à César, cette soirée aura eu le mérite de me donner envie de relire Racine…. par lui même.

Racine par la Racine
Ecrit et mis en scène par Serge Bourhis
Avec : Fabienne Dubois, Guillaume Dollinger ou Pierre-Etienne Royer, Caroline Hartpence, Alberto Lombardo ou Serge Bourhis, Elise Roth ou Lisa Olivier.
Du 5 Mai 2011au 23 Juillet 2011 – du jeudi au samedi à 20h
Essaïon théâtre
6, rue Pierre au lard – 75004 Paris
Site web
Réservations : 01 42 78 46 42