Pour clore sa saison, le Théâtre de la Bastille nous propose deux spectacles du Collectif Les Possédés. C’est dommage de terminer une si belle saison sur ça…
Planète, écrit par le Russe Evguéni Grichkovets, c’est le discours d’un homme qui parle d’une femme à sa fenêtre qui ne le voit pas, et qui est prétexte à une enfilade de pensées sur la solitude, l’amour, la place qu’on occupe. Loin d’eux est un roman de Laurent Mauvignier, sous forme de paroles monologuées autour du départ et de la mort du fils, interprété par Rodolphe Dana sur un plateau nu.
Le Collectif les Possédés, créé en 2002, a su se faire une place dans le paysage avec son Oncle Vania (Tchekhov), et surtout les deux Lagarce créés à la Ferme du Buisson (dont ils sont artistes associés). C’est donc avec envie, et curiosité, qu’on arrive au Théâtre de la Bastille. Et ce à quoi on assiste, aussi bien dans la première que dans la deuxième pièce, c’est à des spectacles faciles, bien pensants, pas dans leur temps. Pour Planète, si la dissertation de cet homme à propos de la femme à la fenêtre, et de tout ce que ça peut entrainer de pensées n’est déjà pas en soi extrêmement intéressante, la mise en scène et l’interprétation n’aide en rien. En effet, on aurait pu s’attendre à une autre écoute des mots de Evguéni Grichkovets, notamment de ses notes de fraicheur et d’humour bien trouvées, souvent poétiques. Au contraire, dès que de la poésie pourrait arriver par un autre biais que des espèces de saillies lyriques sur les étoiles et le feu de bois (dans le presque noir, pour être bien dans le ton…), elle est sabordée par une sorte de recul, de distance d’homme un peu ivre distillée dans l’interprétation de David Clavel. Alors, pendant un peu plus d’une heure, ce même David Clavel nous dit des choses déjà entendues mille fois, de la même manière que n’importe qui pourrait les dire, dans une fausse adresse où on ne se sent jamais pris à partie, sans danger, et on voit une femme, dans une reconstitution d’appartement, en robe bleue, qui parle au téléphone ou fume des cigarettes en buvant un verre de blanc. Et voilà. Pire que s’il n’y avait juste pas de pensée et de discours, il y a l’illusion d’une pensée et d’un discours. La seule question qui reste, en sortant, c’est : pourquoi?
Pour ce qui est de Loin d’eux, les choses sont un peu différentes. D’abord, le texte de Laurent Mauvignier est, en lui-même beau. Ces monologues d’une famille qui n’a pas su se parler, qui n’a pas su comprendre, de gens à la fois fautifs et victimes désoeuvrées face au malheur des autres sont vibrants, touchants de justesse et d’une belle distance. Cependant, le texte, c’est ce que je crois, doit être prétexte à spectacle. Si l’idée c’est juste de nous faire partager les mots de Laurent Mauvignier (idée pas plus bête qu’autre chose), autant nous donner le texte et nous laisser le lire. Pour faire spectacle, je pense qu’il faut autre chose. Une lecture en plus, un décalage, une envie de parler ailleurs. Mais là, rien. D’accord, Rodolphe Dana ne s’en sort pas mal, avec sa chaise, il dit plutôt bien le texte, même s’il a du mal à éviter l’écueil de l’imitation du parler provincial… Mais quoi d’autre? Le plateau nu, qu’est-ce qu’il nous dit, à part qu’il est nu? Ce n’est pas que j’ai quelque chose contre les plateaux nus, au contraire, mais là, il ne raconte rien. Tout comme les lumières, tout comme le jeu, tout comme l’adresse public qui là encore n’en est pas vraiment une… Et on rejoint la déception de Planète, c’est à nouveau un spectacle qui ne risque rien, qui n’invente rien.
Et on aurait presque la sensation désagréable d’être pris pour un public de peureux, pour ne pas dire un peu bête, de voir quelque chose qui tiendrait plus du divertissement un peu stérile que d’une programmation de la Bastille, où on a l’habitude et l’envie de voir des choses qui cherchent, qui parlent aujourd’hui pas tout à fait comme hier, envie d’un théâtre qui serait encore vivant.
Planète
de Evguéni Grichkovets
par le Collectif Les Possédés
mise en scène : David Clavel et Nadir Legrand
avec : David Clavel et Marie-Hélène Roig
Du 6 juin au 1er juillet 2011 à 19h30 (relâche les 11, 12, 3, 19, 25 et 26 juin)
Loin d’eux
de Laurent Mauvignier
par le Collectif Les Possédés
mise en scene de David Clavel et Rodolphe Dana
avec Rodolphe Dana
Du 6 juin au 1er juillet 2011 à 21h (relâche les 11, 12, 3, 19, 25 et 26 juin)
Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette – Paris 11
Réservations: 01 43 57 42 14
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