L’idée est alléchante : une jeune auteur qui décide d’écrire une pièce de théâtre, se retrouve « prisonnière » de sa propre création et nous livre au fil des scènes ses interrogations sur son travail d’écriture, le tout sur le mode grand-guignolesque.

Cerner le chonchon qui sommeille en chacun de nous, voilà le thème qu’a choisi Marion Aubert pour son texte, confiant à son double scénique -l’auteure- le soin de nous expliquer et de nous guider à travers ce monde très étrange qu’est celui des chonchons.

Les chonchons, diminutif sans doute des « bidochons », ce sont des êtres comme vous et moi, mais « alourdis ». Ils sont méchants, frustrés, envieux, voyeurs, rancuniers et lâches…Marion Aubert décide de grossir le trait, de souligner furieusement les défauts de chacun au travers d’une série de saynètes de vie quotidienne. On y retrouve une belle-mère détestant sa belle-fille (géniale Elisabeth Mazev), une jeune femme lors d’un entretien d’embauche, une grand-mère racontant sa vie à sa petite fille, un couple aux prises avec l’éducation de leur enfant… Très vite l’auteure se laissera débordée par ses chonchons sortis de son imaginaire, provoquant ainsi des situations totalement délirantes.

Une mise en scène maîtrisée, des comédiens formidables
La mise en scène de Marion Guerrero, basée sur une scénographie astucieuse de panneaux amovibles est maîtrisée et inventive. La direction d’acteurs est bien dosée dans ce parti-pris qui est celui de l’excès et de la caricature. Les comédiens sont vraiment formidables et au diapason. Ils mènent cette comédie tambour battant. On assiste à quelques moments excellents, notamment les deux monologues d’Elisabeth Mazev ainsi que celui de Sabine Moindrot aussi jolie que sensible et drôle dans le rôle de la jeune mère voulant emmener son fils à la plage. Cependant, le spectacle est inégal.

Il semblerait que le texte y soit pour quelque chose. Marion Aubert a une plume et un regard, cela ne fait aucun doute. Mais, bien qu’on puisse trouver dans sa pièce certains échos avec des textes d’Alan Bennett («Talking Heads»), que certaines répliques fassent mouche, que la part belle soit faite aux rôles féminins et que certaines situations soient brossées de façon pertinente, le tout est noyé par un trop plein. Trop plein d’expressions grasses, de grand-guignol et de maladresses (la présence de l’auteure comme fil conducteur n’est pas judicieuse) inutiles qui nous laisse sur notre faim. Cela manque de simplicité, de tenue, et de retenue. A trop vouloir charger, Marion Aubert perd son propos et du coup, son contenu et le spectacle en pâtissent. Ce qui aurait pu être un tableau culotté, corrosif et subversif de notre société devient au final un divertissement certes plaisant et très honnête mais qui nous laisse un peu perplexes.

Orgueil, poursuite et décapitation
(Comédie hystérique et familiale)
De Marion Aubert
Mise en scène : Marion Guerrero
Avec Marion Aubert, Thomas Blanchard, Elisabeth Mazev, Adama Diop, Capucine Ducastelle, Olivier Martin-Salvan, Sabine Moindrot, Dominique Parent.
Du 31 mai au 2 juillet 2011 à 21h, dimanche : 15h30

Théâtre du Rond Point
2 bis avenue Franklin D. Roosevelt 75008 Paris.
Site web
Réservations : 01 44 95 98 21