Jusqu’au 5 juin aux confluences, la compagnie des « mange ta tête » vient nous parler politique. Sujet tabou? Va-t-on se fâcher? Pire encore: faut-il craindre l’ennui? A moins d’un an des présidentielles ils veulent nous parler de ce qu’on appelle l’immigration. Qui est donc ce fameux « immigré » dont on nous rebat les oreilles?
Sur scène, neuf comédiens dont six s’expriment uniquement par citations d’hommes et femmes du paysage culturel. L’histoire d’une dérive ou comment les euphémismes politiques ont amené la gauche de l’autre côté. Décorticage humoristique du mécanisme politique qui, par du rabâchage et des phrases alambiquées, ferme la pensée de l’électeur.
Lorsque la gauche glisse vers la droite
Entrée des spectateurs dans l’arène théâtrale, les comédiens saluent leurs connaissances d’un sourire, d’un regard. Une vague impression d’être en intimité plane. C’est un effet très réussi de la mise en scène puisque bientôt il nous faudra faire la différence entre « nous », « ils », « les étrangers », « les immigrés » et « les autres ». La pièce débute sur une projection de présentation des personnages, celle-ci est drôle mais relativement inutile. Les dés sont jetés, la première scène est un débat politique entre la femme de droite et l’homme de gauche.
La tension est palpable mais la femme de droite a très visiblement un avantage sur l’homme de gauche, elle est physiquement bien plus à l’aise et joue beaucoup plus avec le public. Et au fil du spectacle, l’homme de gauche va être de plus en plus gêné car le sujet est épineux et les questions posées sont des pièges. La pièces nous interroge: sont-ce des réponses insatisfaisantes ou de mauvaises questions? C’est le début de la dérive. On ne songe même plus à parler « des problèmes » posés par l’immigration mais « du problème de l’immigration ».
Un montage de textes étonnant, des phrases qu’il nous faut réentendre pour les croire et surtout l’apport pertinent du texte d’Elsa Ménard qui fait écho et rend accessible des concepts parfois lourds. Car, n’ayons pas peur de l’annoncer, en s’embraquant pour une pièce politique de 2h20 avec entracte, il vaut mieux être prêt à perdre le fil de temps en temps. La première partie est trop longue, sabrer dans les citations aurait sans doute été judicieux cependant la seconde partie relance en énergie et en profondeur. Si la première partie montre des personnages qui tournent autour du pot, la deuxième frappe en plein dans l’humain.
Effectivement derrière le sujet de l’immigration il y a celui de l’acceptation et les deux monologues magnifiques du comédien Babacar M’baye Fall, rôle de « l’homme noir », viennent nous percuter de plein fouet. Les comédiens sont tous remarquables et on ne relève aucune fausse note dans l’interprétation. On regrette toutefois que les comédiens cantonnés à des citations soient enfermés dans un personnage qui limite leur capacité d’évolution. Les changements de décor sont lents et, bien que toujours pertinents, pas forcément indispensables. Dommage également que la distance ne soit pas toujours claire entre le public et les comédiens. Mme Loyale fait éclater le quatrième mur en s’adressant directement à nous et jouant des réactions du spectateur et lorsque les autres comédiens parlent on ne sait plus toujours où est l’adresse. On pourrait également déplorer l’absence d’un jeu corporel plus dessiné, cela n’enlève néanmoins absolument rien à l’immense plaisir qu’on prend à regarder cette pièce drôle, intelligente et porteuse. Nous rappelant à l’occasion que les trois ne sont pas forcément incompatibles.
Euphémismes
Texte et mise en scène, Elsa Ménard.
Musiques, Jean Bordé.
Vidéos, Christophe Rivoiron.
Lumières, Laurent Vergnaud.
Avec, Olivier Boréel, Jérôme Buisson, Thomas Laroppe, Madeleine Mainier, Babacar M’baye Fall, Elsa Ménard, Isabel Oed, Julien Ratel, Gaël Rebel
Du 26 mai au 5 juin 2011 à 20h.
17h les samedis et dimanches, représentations suivies de projections et débats. (Relâche le mardi 31 mai)
Confluences
190 bd de charonne 75020 Paris
Site web
Réservations : 01 40 24 16 46














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