C’est à une Brigitte Fontaine très émouvante que le public du Bataclan a rendu un vibrant hommage mercredi soir. Entourée d’invités prestigieux et bien sûr très« fontainiens », elle a livré un très beau concert qui se baladait sur 30 ans de poésie brute savamment soutenue par d’excellents musiciens.

« La nuit est une femme à barbe » ouvre deux heures de concert qui marient rock et poésie. La tête et les épaules disparaissent presque sous un immense châle noir. La barbe de la femme est opulente, démesurée. La démesure, Brigitte Fontaine la pratique depuis toujours. Son parcours serait trop long à dévoiler ici mais les curieux et les aficionados auront lu l’excellent ouvrage de Benoît Mouchart sorti récemment (aux éditions Castor Music).

Les cheveux aussi raides que les jambes, dans une position résolument animale, la chanteuse ne va pas avoir besoin de se déplacer beaucoup. Comme absente, ailleurs, elle enchaîne quelques titres. La voix est impeccable. La diction va s’améliorer le temps de chauffer tout ça. Peu de mots entre les chansons. Juste ce « c’est bath, c’est bath, c’est bath…aclan » délicieux. Mathieu Chédid vient la rejoindre. La guitare au son le plus identifiable de la jeune génération envahit la salle. Le musicien M se fait chanteur pour le duo des « Zazous ».

Très inattendue, la sculpturale Grace Jones sera la deuxième invitée. Brigitte rapetisse devant cette beauté noire hissée sur des talons de 12 centimètres au corps rodinien. Ca la rend terriblement émouvante. « Je suis vieille et je vous encule » se teinte d’une touche d’étrange élégie. Cette petite femme semble se demander parfois ce qu’il lui arrive comme un oisillon effarouché par tant de remue-ménage mais qui nous remue les méninges par sa poésie brute des dénis de l’amour (« L’amour c’est que pour les gogos »), des coups de gueule contre le système (le phénoménal « Prohibition »).

Crédit photo Franck Bortelle

Privé de nougat
L’entrée en scène, discrète et confondante de simplicité, de Jacques Higelin soulève des tonnerres dans la salle. Le frangin. Higelin-Fontaine, c’est comme Brel-Barbara. Une forme d’indissociabilité. Main dans la main, ils vont interpréter une de leur plus belle composition commune. Magique. Le public est médusé. L’émotion atteint la démesure.
Le compagnon de toujours scelle cet hommage. Areski Belkacem qui l’accompagne tout le long du concert la rejoint pour deux duos. Moins émouvant parce que davantage ancré dans le présent et le futur, la nostalgie s’est absentée. On attend, après les rappels, quelque chose de plus fou. On attend « Le Nougat ». Il ne viendra pas. Trop facile. C’est sur « Soufi » qu’elle nous quittera. Imprévisible Fontaine. Nous sortons. Dehors il fait nuit. C’est tout ce qu’il peut faire…

Brigitte Fontaine au Bataclan, le 29 juin 2011