Au théâtre de la Colline, jusqu’au 11 juin, sont réunis August Strindberg, représenté par une de ses œuvres phares, et le metteur en scène Christian Schiarretti. La scénographie est soignée, la maîtrise technique impeccable. Mlle Julie est produit, entre autres, par le Théâtre National Populaire de Villeurbanne. Tout cela semblait bien parti. Mais quand le rideau tombe, une interrogation demeure: à quoi bon?

Tragédie naturaliste, c’est le sous-titre donné par Strindberg à sa pièce écrite en 1888. Christian Schiaretti semble avoir souhaité en garder l’esprit. L’œuvre commence par une scène ménagère. Devant sa cuisinière, Kristin, domestique consciencieuse interprétée par Clara Simpson, met du cœur à l’ouvrage, découpe les légumes, fait fondre le beurre. On imagine les premiers rangs régalés d’effluves engageants. C’est le 21 juin, les feux de la Saint-Jean sont allumés. Cette nuit là, Mademoiselle Julie, jeune comtesse de 25 ans à laquelle les parents ont laissé pour un temps la garde de la maisonnée, Jean, au service de la famille, mais aussi Kristin, vont se chercher, se trouver et se perdre. Julie, exaltée par l’heure et les circonstances, invite son valet de chambre Jean à danser, le séduit, et passe la nuit avec. La jeune fille “perdue” et le valet “arriviste” envisagent un instant de lier leurs destins. Mais les idéaux de l’une à la volonté d’ascension sociale de l’autre s’affrontent, et la rancœur, la déception, les regrets, succèdent rapidement aux premiers emportements.

Une Julie ennuyeuse
Unité de temps, de lieu, d’action, la tragédie compose avec les codes du théâtre classique. Combats de classe, guerre des sexes, on assiste à des batailles intestines prises au cœur d’enjeux sociétaux. Le thème est universel et présente un paradoxe original: il est à la fois tragique et inscrit dans le social, comporte une dimension sacrificielle et sociétale. Nos héros semblent ballottés par des forces appartenant à des registres de pensée opposés: le destin, les démons intérieurs, les codes de la société.

Mais pour incarner cette complexité, des dimensions multiples, Schiaretti ne trouve pas le ton juste. Le spectacle peine à trouver son rythme. On s’y ennuie, et l’interprétation des comédiens, notamment celle de Clémentine Verdier, vire parfois au vaudeville, au boulevard, rendant anecdotique ou guignolesque les enjeux tragiques du texte de Strindberg. Erreur de casting ou défaillance de la direction d’acteurs? Si Wladimir Yordanoff déploie un jeu plus subtil, on regrettera que son âge, de 20 ou 30 ans supérieur à celui de son personnage, gêne à la crédibilité du jeu de séduction et de l’incarnation physique de force et de vitalité.

Mademoiselle Julie
De August Strindberg
Mise en scène de Christian Schiaretti
Avec Clara Simpson, Clémentine Verdier, Wladimir Yordanoff
Scénographie: Renaud de Fontainieu
Lumières: Julia Grand
Son: Laurent Dureux
Jusqu’au 11 juin 2011
Le mardi à 19h30, le jeudi à 20h30, le samedi à 17h30 et le dimanche à 15h30

Théâtre de la Colline
15 Rue Malte-Brun, 75020 Paris
Réservations: 01 44 62 52 52
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