2 400 ans après sa création, la pièce comique d’Aristophane, dramaturge de la Grèce antique, se réincarne en opérette aux airs d’Offenbach : de quoi chatouiller le bon sens gaulois !
Spartes et Athènes sont en guerre. Les femmes, esseulées dans leurs cités respectives, se languissent de leurs maris. Les jeunes filles voient leurs plus belles années s’évanouir sans avoir connu le loup ! Lysistrata, femme de poigne et d’idée, décide de forcer les hommes à la paix : pas de sexe tant que la guerre fait rage. Les rangs des femmes rechignent, mais prêtent serment malgré tout. Tiendront-elles ? Les hommes, victimes d’érections fabuleuses, sont petit à petit contraints d’écouter la parole politique féminine…
Plus c’est gros, plus ça passe…
La pièce antique d’Aristophane étonnait déjà par son culot ; adaptée par Raphaël Meltz et Laëtitia Bianchi dans un langage volontairement cru et moderne, mais toujours imagé et ingénieux, elle donne dans la franche gauloiserie, sans tomber dans la vulgarité. Le texte passe d’autant mieux qu’il est servi par l’énergie juvénile des acteurs, issus pour la plupart des Ateliers du Sudden Theatre, et dont certains sont encore en formation. On sent que Raymond Acquaviva, ancien acteur de la Comédie Française, a le souci dans sa mise en scène de valoriser les compétences de ses (anciens) élèves tout en les soumettant à une forte discipline de troupe.
Dans une diction extrêmement nette, presque scolaire, leur jeu outré grossit les retournements comiques des dialogues, en stylisent les aspects les plus incongrus ou osés. Nous avons devant nous des personnages dignes des cartoons ou de bandes dessinées, qui ne vont pas sans rappeler Astérix aux Jeux Olympiques, en dépit de (ou peut-être à cause de) la modicité des costumes et du décor. Leur fougue est canalisée et homogénéisée dans une gestuelle mécanique qui esthétise avec bonheur la grossièreté de la farce.
On jubile, on s’amuse, on aurait presque envie de battre des mains en cadence. Car la belle idée consiste à associer à la pièce antique les airs d’opérette de la Belle Hélène d’Offenbach. Le spectacle est scandé par de belles scènes de chœurs, masculin et féminin. Ces épisodes mettent en valeur les talents des jeunes acteurs en chant, en danse, en pantomime. Soulignons notamment la polyvalence de Christophe Charrier, directeur musical, pianiste mais également chanteur et acteur talentueux, dans une scène grotesque très drôle avec Marjorie Ciccone. Enfin la musique soutient le rythme enlevé du spectacle. Rien ne pèse, même les plaisanteries les plus grasses. On court au dénouement avec le sourire aux lèvres. Seul petit bémol: on pourrait regretter que la fin n’assume pas le côté conservateur d’Aristophane (chaque mari retrouve sa femme) en suggérant une issue plutôt soixante-huitarde. On sacrifiera ce léger faux-sens sur l’autel de la bonne humeur.
Lysistrata
D’Aristophane
Adaptée par Raphaël Meltz et Laëtitia Bianchi
Avec la musique de Jacques Offenbach.
Mise en scène de Raymond Acquaviva
Direction musicale de Christophe Charrier
Avec Catherine Vranken, Marion Champenois, Marjorie Ciccone, Caroline Le Lausque, Lucie Toulmond, Trystan Aguerre, Pierre Béchet, Sylvain Bégert, Christophe Charrier, Paul-Alexandre Grenier, Franz Marteens, Florent Mousset, Marie Coustaury, Sandy Louis, Laurianne Mortureux, Amélie Robin, Erwane Rolot, Adeline Valeyre, Maud Vincent, Jean-Baptiste Alfonsi, Pierre Echeveste, Lucas Henaff, Jean-Gabriel Mazeres, Michael Zito.
Jusqu’au 25 juin
Lundi 21h et Samedi 21h
Sudden Théâtre
14bis, rue sainte Isaure, 75018 PARIS
Réservations : 01.42.23.27.67
Site web













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