Crédit photo Marcella Barbieri

C’est une comédienne qui, avec l’air de pas y toucher, en nous regardant dans les yeux même si ça fait peur, nous construit un monde, avec quatre bricoles, nous y embarque. Et nous y laisse flotter avec elle.

Agathe Mercat lit L’homme dans le cercle, de Matei Visniec (in Le théâtre décomposé ou l’homme poubelle), et c’est parti pour l’aventure. Elle l’adapte, non pas pour le féminiser, mais pour le faire sien, et l’utiliser comme matériau. Et de ce matériau, nait un spectacle intelligent, et d’une très belle humilité. C’est important, ça, l’humilité.

Bah oui, c’est long l’éternité !

L’idée du texte, c’est que le cercle a enfin été inventé. Chacun peut en avoir un en sa possession, et donc profiter de ses innombrables avantages. Cercle que seul le propriétaire peut pénétrer, et qui peut devenir un espace de méditation, de protection, de douce attente. « Si la mort approche et qu’on ne veut pas mourir, on peut végéter à l’infini dans le cercle. » Par exemple. Alors, voilà une jeune fille, qui arrive devant nous. Son attirail est prêt, elle écoute la voix lui expliquer comment utiliser son cercle, et elle nous en fait la démonstration. Ça s’arrêterait là que ce serait un peu pauvre. Mais non, à travers ce texte, et, surtout, sa façon de le mettre en place et de le jouer, quelque chose d’autre est cristallisé. Difficile à définir, on pourrait dire que c’est la fragilité. La fragilité du temps, celle, bien sûr, de l’interprète, la fragilité de nos certitudes aussi, des envies, de nos décisions. Nos pas incertains. C’est juste là, sous-jacent, jamais expliqué, jamais donneur de leçons, juste à portée d’yeux, de ressenti.

Agathe Mercat prend le pari de tout montrer, d’être exposée, et d’en jouer. De s’ennuyer aussi quand c’est long (l’éternité…), de nous parler d’autres choses que du spectacle, d’assumer pleinement la proximité. Elle n’est pas là pour nous, on est là ensemble. Peut-être aurait-on aimé (moi en tout cas), plus de radicalité dans la forme (ne pas pouvoir se cacher, être toujours en lumière…), mais ce qu’on ne peut nier, outre la finesse du propos et de l’interprétation, c’est l’inventivité légèrement acidulée de la mise en place. L’installation d’une image, la malice d’un effet qui, s’il n’avait pas été malicieux, aurait été de mauvais goût… Mise en place inventive, donc, et, modeste, qui ne s’affirme que pour ce qu’elle est et ne prétend à rien d’autre, et, de ce fait, sert admirablement le propos. Vraiment, et j’en resterai là, c’est un spectacle touchant, dans le plus beau sens du terme.

La femme dans le cercle
D’après Matei Visniec
Adaptation, mise en scène et interprétation : Agathe Mercat
Collaboration sonore : Chloé Doll
Tous les mardis jusqu’au 10 mai 2011

La Loge
77 rue de Charonne, Paris 11eme
Site web
Réservations: 01 40 09 70 40