« Noli me tangere », c’est la défense que Jésus adresse à Marie-Madeleine après le miracle de la résurrection : « Ne me touche pas ! ». Ces mots, le metteur en scène Sivadier les place dans la bouche de Jean Le Baptiste quand il s’adresse à Salomé.
Le préfet romain Ponce Pilate ouvre la pièce en interpellant les spectateurs. Vous voulez faire la révolution ? Mais enfin, « regardez la carte du monde », Rome est partout. Le monologue donne le ton : l’épisode biblique sera envisagé sous son aspect politique. On est en Palestine, en l’an 27, Jean Le Baptiste prêche dans le désert tandis que son cousin Jésus multiplie les disciples. Ponce Pilate et le souverain local Hérode Antipas s’inquiètent de ces « anarchistes » de prophètes qui « poussent comme du fumier ». Le contexte politique se complique d’une intrigue familiale à la Hamlet : Antipas et Hérodias ont orchestré l’assassinat du précédent Hérode, frère du premier et époux de la seconde.
Tandis que Salomé, fille du premier lit, rentre de Rome, le couple enferme Jean Le Baptiste dans la cave du palais. Il craint que « cette cochonnerie de prophète » n’excite les foules, sans compter qu’il ose surnommer Hérodias « La putain rampante ». Cernant le palais, le peuple réclame sa libération. Salomé et Jean-Baptiste sont les deux figures autour desquelles on s’affole. L’une revient de Rome, l’image même de la civilisation et du péché, l’autre appartient au désert, à la sauvagerie, à la pureté.
A cette agitation s’ajoute la préparation de l’anniversaire d’Hérode : un banquet à organiser, une pièce à donner et une belle fille à faire danser. Séduit par Salomé, Antipas l’invite à formuler un vœu qu’il s’engage à réaliser. Elle réclame la tête de Jean Le Baptiste. Vengeance de femme d’abord, car le prophète n’a répondu à son désir que par l’interdiction « ne me touche pas ! »; vengeance de fille ensuite : en conduisant le meurtrier de son père à décapiter Le Baptiste, elle le livre à la vindicte populaire.
Le miracle selon Sivadier
Servie par d’excellents comédiens, la mise en scène favorise le burlesque sans perdre en élégance : l’archange Gabriel concilie les deux clowns, l’Auguste et le triste ; les perruques d’Hérodias sont d’une distinction grotesque ; les personnages d’Hérode et de Ponce Pilate sèment la terreur autant que le rire.
Les nombreux monologues ne réussissent pas à émouvoir. En revanche, les moments drôles font mouche, comme l’a prouvé dans la salle ce premier rang de lycéennes secoué par le rire. Il y a cet échange entre Ponce Pilate et Jean Le Baptiste où le premier tente de comprendre les paroles obscures du second (authentiques versets de La Bible). Mais, c’est avec le miracle que l’humour culmine : tirade désopilante qui recense les « Lève toi et hop » de Jésus et improvisation des acteurs sur l’incarnation et le « bruit » du miracle.
Tout aussi évanescente que ce dernier, la scénographie puise sa beauté dans les fluides. De l’eau goutte du plafond pour tomber dans des bassins. Elle se déverse en abondance dans la cuve du prisonnier, sorte de Jourdain dans lequel le prophète n’a personne d’autre à baptiser que lui-même. A la fin, une pluie de sable s’abat sur le plateau : c’est le peuple qui s’attaque au palais et c’est Rome qui vacille. Entre temps, l’archange jette une poussière d’étoiles et du sang coule de ce sac poubelle où on a mis la tête du prophète. Au fond, un homme travaille la terre et achève des bustes impériaux. Noli me tangere est l’occasion de découvrir celui qui préfigure le Christ, selon la tradition biblique, et « apparaît plus révolutionnaire » que lui, selon Sivadier.
Noli me tangere
de Jean-François Sivadier
Mise en scène : Jean-François Sivadier assisté de Véronique Timsit
Travail chorégraphique : Maud Le Pladec, Latifa Laâbissi
Avec la collaboration artistique de Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit, Nadia Vonderheyden
Avec : Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Marie Cariès, Charlotte Clamens, Vincent Guédon, Eric Guérin, Christophe Ratandra, Nadia Vonderheyden, Rachid Zanouda, Mathieu Boisliveau.
Scénographie : Jean-François Sivadier, Christian Tirole
Costumes : Catherine Coustère
Coiffures et perruques : Chantal Gabiache
Lumières : Philippe Berthomé assisté de Jean-Jacques Beaudouin
Son : Jean-Louis Imbert
Du 6 au 9 avril 2011
19h le mercredi, 20h les jeudi, vendredi et samedi
Durée du spectacle : 2h40
La Criée théâtre national Marseille
30, quai de rive neuve, 13007 Marseille
Site web
Réservations: 04 91 54 70 54
Du 13 au 16 avril 2011
Théâtre national de Nice
20h30 le mercredi, 19h30 le jeudi; 20h30 le vendredi
Promenade des Arts, 06300 Nice
site web
Réservations: 04 93 13 90 90
Du 27 avril au 22 mai 2011
Odéon Théâtre de l’Europe Ateliers Berthier
20h00 du mardi au samedi, 15h00 le dimanche
1, rue André Suarès, 75017 Paris
site web
Réservations: 01 44 85 40 40
Du 25 au 27 mai 2011
Théâtre national de Toulouse
19h30 les mercredi et jeudi, 20h30 le vendredi
1, rue Pierre Baudis, 31009 Toulouse
site web
Réservations: 05 34 45 05 05
Août 2011 : Festival de Tampere, Prospero, Finlande.













Pas de commentaire pour l'instant