Pièce de Jean Genet la plus montée sur les planches, « Les Bonnes » bénéficie ici d’une mise en scène gothique et baroque à la fois, très stylisée et défendue par trois comédiennes d’exception. Une vraie réussite.
Claire et Solange, deux sœurs, employées comme bonnes chez Madame, profitent de l’absence de cette dernière pour se livrer à un rituel sadique où elles se mettent en scène en enfilant les habits de leur maitresse. Prises à leur propre jeu, elles finissent par laisser sourdre la haine refoulée que suscitent ces rapports ancillaires et dont l’issue inéluctable sera le meurtre de Madame…
Sous ses atours de théâtre classique (tout au moins par sa construction), la pièce de Genet n’est que digression, transgression du genre. C’est peut-être ce qui en induit la multiplicité possible d’adaptations puisqu’elle est aujourd’hui l’œuvre de Genet la plus montée. Avec parfois moins de bonheur qu’ici, le texte révélant des richesses qu’il est convenu d’aller traquer parfois très loin dans la sémantique.
Guillaume Clayssen a moins cherché à retranscrire le huis clos (crédo pourtant très « genetien ») que sa théâtralité, pour ne pas dire la mise en abyme du jeu théâtral que le texte laisse supposer. Un peu à la manière de Sandrine Bonnaire et surtout Isabelle Huppert dans « La Cérémonie » de Chabrol (qui fait immanquablement penser aux « Bonnes » jusque dans la tirade entre Ledoyen et Jean-Pierre Cassel sur la noblesse de ce mot), les deux comédiennes qui interprètent les rôles du titre vont jouer à jouer chacune un personnage. « Elles font de l’art sans le savoir, de l’art brut. C’est la victoire de l’art brut sur l’art mondain » nous a dit le metteur en scène. Flanqué de ses trois sublimes comédiennes, à la diction parfaite et au jeu aussi puissant qu’expressif, il réussit un superbe coup.
Un final « baroquissime »
Ainsi mis en scène, le texte ressort grandi et se transforme, non plus en violent réquisitoire contre les rapports ancillaires (même si le propos ne se départit guère de son caractère violemment anti-bourgeois) mais en un long poème, un hymne à la féminité. En théâtralisant ainsi le théâtre, Guillaume Clayssen laisse libre court à son imagination débordante. Et de cette cérémonie où se côtoient, voire fusionnent, le monstrueux et l’intime, l’imaginaire et le réel, il maçonne un édifice baroque à souhait, dans un final sacrificiel saisissant de beauté, bigarré jusqu’à la débauche (bravo aux éclairagistes et costumiers) mais où s’immisce une poésie abrupte, déchirante, fantasmagorique, presque à la russe. Le renfort de la vidéo, utilisée avec parcimonie, et des voix off, confèrent à l’ensemble son ancrage très cinématographique tout en laissant au texte sa puissance théâtrale, sa force tant mythologique qu’iconoclaste. Un parti pris aussi assumé que séduisant.
Les Bonnes
De Jean Genet
Mise en scène : Guillaume Clayssen
Avec Aurélia Arto, Flore Lefebvre des Noëttes, Anne le Guernec
Scénographie et costumes : Delphine Brouard
Lumière et vidéo : Eric Heinrich
Son : Grégoire Harrer
Maquillage : Isabelle Vernus
Du 30 mars au 16 avril 2011
Les mardis, mercredis, vendredis à 20h30, jeudi à 19h30, samedi à 16 heures et 19h30
Durée : 1h30
Théâtre L’Etoile du Nord
16 rue Georgette Agutte, 75018 Paris
site web
Réservations: 01 42 26 47 47













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