« Le problème » est la toute première pièce écrite par François Bégaudeau (il est notamment l’auteur du roman « Entre les murs » adapté au cinéma par Laurent Cantet et ayant reçu la Palme d’Or à Cannes).
Une lettre comme point de départ. Une lettre de lâche comme elle l’appelle. Elle, c’est Annie, 45 ans, mariée, deux enfants. N’ayant pas trouvé les mots pour le dire, elle l’écrit dans une lettre. Elle part. Elle quitte mari et enfants, « le foyer », comme aime à le répéter le fils.
Mais alors, où est le problème ?
Le problème c’est elle ou plutôt le fait qu’elle soit là mais que son esprit est ailleurs. Là-bas, avec son amant. Et le problème c’est que ni son mari délaissé, ni ses enfants ne veulent la laisser partir. Pour eux il s’agit d’un drame, pour elle, ce n’est rien d’autre qu’une profonde et intime conviction qu’elle doit être libre envers et contre tous. Suivre son désir.
L’importance des mots
L’auteur, François Bégaudeau, a été enseignant et cela s’entend dans le texte. L’importance du mot juste, celui qui convient parfaitement à la situation. Le mot Et la meilleure façon de les utiliser est encore d’avoir des comédiens au diapason. C’est le cas ici. Jacques Bonnaffé, Emmanuelle Devos, Anaïs Demoustier et Alexandre Lecroc sont tous les quatre formidables. Chacun d’entre eux joue sa partition à merveille. Tout ceci orchestré formidablement par le metteur en scène Arnaud Meunier.
Avant même que la pièce commence, un rideau comme un voile transparent est tiré et représente le 4e mur. Le titre de la pièce « Le problème » est projeté dessus. Le fils ouvre ce rideau nous invitant à regarder ce qui se passe chez eux, et nous met en position de voyeurs. Le plateau s’ouvre sur un salon épuré et moderne où vont évoluer les quatre personnages. Nous sommes dans l’hyper naturalisme. Le risque est toujours de tomber dans la banalité ou la mièvrerie, mais la mise en scène est tout à fait juste, les déplacements nourris et les gestes précis.
Annie se tient principalement debout, et veut par-dessus tout dédramatiser la situation et fait preuve de fantaisie et de légèreté pour contrer ses enfants et son époux. Ce dernier, délaissé, reste assis dans le canapé, comme si il accusait « physiquement » les coups portés par sa femme. Alors, d’une certaine façon, il reste debout grâce aux mots qu’il emploie. Ce qui est touchant dans cette pièce, c’est que chacun défend son bout de viande comme il peut, avec ses armes c’est-à-dire ses mots. Mais qui de la mère ou du père et des enfants l’emportera ?
Cette pièce est aussi résolument moderne dans son propos. C’est l’histoire d’une femme qui décide d’être libre et d’écouter son propre désir, une femme qui souhaite se regarder en face.
Le problème
De François Bégaudeau
Mise en scène Arnaud Meunier
Avec Jacques Bonnaffé, Anaïs Demoustier, Emmanuelle Devos, Alexandre Lecroc
Jusqu’au 15 mai
Du mardi au samedi 19h matinée à 14h
Théâtre Marigny
Carré Marigny, 75008 Paris
Site web
Réservations 0 892 222 333












dommage!