Copi, de son vrai nom Raul Damonte Botana, dramaturge argentin francophone, signe ici sa toute dernière pièce. Pièce autobiographique, puisque, Cyrille, le personnage joué formidablement par Michel Fau, est un homosexuel atteint du sida, tout comme l’était Copi.
Bien que se retrouvant dans une chambre d’hôpital froide et austère, et se sachant condamné, il ne s’est jamais senti aussi vivant. Copi nous invite à la fête aux dernières heures de sa vie.
« Une visite inopportune » c’est avant tout une ribambelle de visites, au pluriel. Les personnages de la pièce, plus exubérants et fous les uns que les autres se succèdent sur le plateau à tour d’entrées fracassantes et d’attitudes délurées. Car, il faut que ça vive, que ça respire, qu’il y ait un flot incessant de mots, que tout se bouscule, les phrases, les pensées puisque la mort est là juste derrière la porte : cette visite inopportune, la visite inopportune. Et finalement on en oublierait presque la mort certaine de son personnage.
Une mise en scène au service de son auteur
Philippe Calvario a fait le choix d’une mise en scène moderne avec des moments tout à fait surréalistes. Bien que la pièce s’ouvre sur une chambre d’hôpital semblable à tant d’autres, le décor ouvre de nouvelles perspectives grâce à une structure coulissante qui permet de repenser l’espace et d’offrir à la pièce de très beaux moments oniriques. On retrouve aussi beaucoup d’exubérance dans les costumes et coiffures, mais aussi en ce qui concerne la musique. Elle est presque présente tout au long du spectacle parfois en soutien aux comédiens et parfois à couvrir tout à fait leurs voix. Car il s’agit bien encore une fois d’avoir le moins de silence possible, puisqu’il faut vivre avant que la mort ne vienne tout emporter.
Ce spectacle tient aussi à la très belle performance de son comédien principal : Michel Fau. A aucun moment, Cyrille, son personnage, ne s’apitoie sur son sort. Bien au contraire, il est perpétuellement en mouvement, alerte, ne cessant pratiquement jamais de parler, comme s’il fallait tout exprimer avant de tirer sa révérence. Révérence justement, car Cyrille est comédien et rêve de jouer Hamlet. Copi, à travers le personnage de Cyrille rend un magnifique hommage à la vie et au théâtre.
Certes il s’agit là d’un spectacle haut en couleur qui va volontairement dans le grotesque, et ce ne sont certainement pas les comédiens qui vont s’en priver. A noter les sublimes partitions chantées de Marianne James à vous donner des frissons. D’ailleurs, en plus de l’exubérance des costumes, le metteur en scène nous indique bien que tout est bel et bien une comédie-farce car il fait porter à l’un de ses comédiens un nez de clown. Voilà, on est averti.Certes, Copi ne laisse personne indifférent, mais je vous conseille cet objet curieux et unique qu’est cette pièce. Cela vaut le coup d’œil.
Une visite inopportune de Copi
Mise en scène de Philippe Calvario
Avec Louis Arène, Sissi Duparc, Michel Fau, Éric Guého, Marianne James, Lionel Lingelser, Les sœurs de la perpétuelle indulgence du couvent de Paris.
Lumières : Bertrand Couderc
Son : Eric Neveux et Jean-Pierre Ensuque
Jusqu’au samedi 9 avril 2011
Mardi à 19H et du mercredi au samedi à 20H
Matinées exceptionnelles : dimanche 3 avril à 16H et samedi 9 avril à 15H
Athénée Théâtre Louis Jouvet
Square de L’opéra Louis Jouvet, 7 rue Boudreau 75009 Paris
Réservations: 01 53 05 19 00
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