C’est avec maestria que Jean-Louis Benoit met en en relief cette « vie plate » qui fut selon lui la « seule chose qui inspira » Labiche.
Au menu de ce « plat bourgeois » : tracas de bagages et querelles de voisinage à la sauce catastrophe et quiproquo. Puis vient un cas de conscience qui, à l’époque, valut à la pièce d’être condamnée par une partie de la presse. C’est celui d’un juré appelé à juger un crime qu’il a lui-même commis. On se scandalisa alors qu’une affaire si sérieuse fut traitée en vaudeville.
Burlesque, grotesque et relief
Ce genre particulier, la scénographie en épouse les ressorts. C’est en crevant des écrans de papier que les personnages font leur entrée. On est dans le vacarme du coup de théâtre tout en restant dans le propos de la pièce : chez le bourgeois, le petit tracas cause bien du fracas. Si fort d’ailleurs que dans la salle, nous sommes nombreux à sursauter ! Et nous sommes encore plus nombreux à nous laisser gagner par le fou rire quand un poêle promène un gros ours en peluche dont le derrière part en fumée. C’est d’une cocasserie accomplie. Bravo pour ce tour de force, car il est rare que ce registre fasse l’unanimité. On peut encore féliciter le décorateur Jean Haas pour ce très beau tableau final : une brasserie à l’élégance toute parisienne sous un ciel étoilé.
L’aspect grotesque des comédiens participe à cette mise en relief : faux nez qui s’avancent et cheveux qui s’élèvent. La création maquillage et perruques de Cécile Kretschmar est audacieuse et réjouissante. Elle est aussi ingénieuse. En effet, on a du mal à reconnaître Torreton avec ces gigantesques oreilles grignotées et cette rare chevelure filasse plaquée sur un crâne huileux. C’est un vrai plaisir de voir ainsi transformé ce comédien à l’allure souvent austère.
Son interprétation est d’ailleurs une surprise. En personnage truculent, Torreton est terriblement amusant ! Dominique Pinon est moins étonnant. Il est comme on l’attend : diablotin avec ressorts et burlesque avec talent. Luc Tremblais impressionne par son énergie bondissante : en apprenti avocat et détective improvisé, il s’affaire dans une course frénétique que seules ses chutes ralentissent. Dans les rôles féminins, on remarque le jeu de Valérie Keruzoré qui, dans une élégance sévère et avec un air pincé, semble donner vie à une ancienne gravure de mode. On peut dire que par cette mise en scène, le directeur de La Criée annonce son successeur : la gaie luronne Macha Makeïeff.
Un pied dans le crime
Musique : Etienne Perruchon
Mise en scène : Jean-Louis Benoit, assisté d’Antoine Benoit
Avec : Philippe Torreton, Dominique Pinon, Jean-Pol Dubois, Luc Tremblais, Valérie Keruzoré, Louis Merino, Karen Rencurel, Véronique Dossetto, Carole Malinaud
Décors : Jean Haas
Costumes : Marie Sartoux
Maquillage et perruques : Cécile Kretschmar
Lumières : Jean-Pascal Pracht
Son : Jérémie Tison
Du 8 au 27 mars 2011
19h les mardi et mercredi ; 20h les jeudi, vendredi, samedi ; 15h samedi 19 mars ; 15h dimanche 20 et 27 mars
Durée du spectacle : 2h45 sans entracte
La Criée théâtre national Marseille
30, quai de rive neuve, 13007 Marseille
Site web
Réservations: 04 91 54 70 54
Octobre 2011 : Bordeaux, Cergy-Pontoise, Fréjus
Novembre 2011 : Narbonne, La Rochelle, Istres, Alès
Décembre 2011 : Nantes, Blagnac
Janvier 2012 : Compiègne, Meylan, Aubervilliers, Nice,
Février 2012 : Villefontaine, Villefranche, Décines, Carcassonne, Privas













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