Benoit Lavigne, metteur en scène éclectique et talentueux, a choisi les bas fonds de Chicago et le désespoir résigné de deux flics voyous, pour un sujet tout en nuances. Résonnent en nous les questionnements de ces deux pauvres diables, terriblement humains, aspirés par la noirceur de leur quotidien. On comprend tout de leurs manquements, de leurs petites lâchetés et de leurs grandes bravoures. Ils s’adressent à nous directement, comme un plaidoyer d’un drame inéluctable, à coup de flash-back en guise de preuves.

Flics ou bandits, Denny et Joey pensent avoir choisi. Ils patrouillent ensemble dans les rues malfamées de Chicago et tentent de faire régner l’ordre. Amis depuis l’enfance, on pense l’un plus robuste que l’autre. « Il veut toujours tout décider tout seul, il prend tout en charge ». Tous deux n’aspirent qu’à une chose : vivre normalement. Une petite maison et des enfants, un peu d’argent pour voir venir…

Le coin des déviants
Intense, drôle et violent, parfois tout en même temps, le texte de Keith Huff est d’emblée tranchant, parlé, calibré. Très travaillé pour le faire entendre spontané. Extrêmement précise, la mise en scène de Benoit Lavigne (Baby Doll avec Mélanie Thierry, Adultères de Woody Allen au théâtre de l’atelier…) ne permet aucun compromis pour les acteurs. La complicité d’Olivier Marchal et Bruno Wolkowitch est au service de l’œuvre. Sans fioritures, l’interprétation est brute, rythmée, dans l’urgence du propos. Et l’hyper réalisme, parti pris de la direction d’acteurs, nous restitue le polar au temps présent.

La narration pourrait instaurer une distance, c’est tout le contraire. Sur le devant de la scène, deux pantins de tragédie nous livrent leurs méandres, confient leur impuissance à changer le cours de leur vie. Des points de vue qui se décalent, comme si les héros avaient la prémonition de ce qu’ils vont vivre.

Une solitude à la Edouard Hopper, reflétée pas des lumières spasmodiques. Des phares, les scintillements des écrans la nuit, l’apparition des souvenirs… tout se mélange et trouve sa place. Les décors changent en fonction de la lumière, les acteurs aussi… On assiste à la vie en plus fort. Peut –être un point commun entre les flics-voyous et les acteurs !

Pluie d’enfer
De Keith Huff
Adaptation française d’Alexia Périmony et de Benoît Lavigne
Mise en scène Benoît Lavigne
Avec Olivier Marchal et Bruno Wolkowitch
Du mardi au samedi 21h – Matinée samedi 16h
La Pépinière Théâtre
7 rue Louis Le grand, 75002 Paris
Réservations: 01 42 61 44 16
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