Des basses qui vrombissent, qui sont trop fortes, une batterie qui hurle, des regards hallucinés, des corps qui se tordent, se métamorphosent, des sexes en puissance. Du punk. Un mouvement au maximum de la dinguerie, un cri atroce et jouissif qui ne nait de rien et ne veut rien dire, sinon crier. Un spectacle sur la puissance et la transgression. Sur le hurlement et l’excès. Comme un énorme coup de vent.
Mathieu Bauer, qui a conçu le spectacle, entouré de ses deux comédiens/chanteurs et de ses musiciens, se pose au Théâtre de la Bastille pour nous parler d’une époque, celle du punk américain, d’Iggy Pop aux Ramones. Pour raconter quoi? Pas que c’était mieux avant, en tout cas. Plutôt pour explorer l’histoire d’un cri, pour témoigner d’une génération qui s’est inventée son langage, qui a marqué son passage comme peu d’autres.
Now I want to be your dog
Déjà, on entre, ils sont là. On s’installe, on se rend compte qu’ils chantent. Sheena is a punk rocker now (des Ramones) Ca débute l’air de rien, ça semble naître de l’ennui d’attendre contre un mur du théâtre. C’est parfait. Et quand la parole est prise, c’est pour nous parler des créateurs du magazine Punk, qui ont décidé ça dans une voiture parce qu’ils voulaient parler de leur vie, de leur besoin comme vital d’alcool, de sexe, de drogue. Des nihilistes qui n’ont pas la prétention de l’être. De leur rencontre avec les Ramones alors qu’ils interviewaient Lou Reed rencontré au hasard d’un bar. Voilà, le punk est né. Et la mise en scène, tout du long, sera d’une simplicité parfaite. Batterie, basse, guitare, projection de textes, quelques images. Comme une exposition, mais en concentré. Ca dit ce que ça veut dire, rien de plus, ça ne se perd pas en fioritures. ET ça dit surtout que ce mouvement là, pas comme le punk anglais (plus attaché à l’image), c’est d’abord du corps, de la voix, c’est de l’homme brut.
Les textes sont des extraits du livre Please kill me et Mc Neil et Mc Cain, un recueil de témoignages de ceux qui ont fait le punk américain. De l’anecdote, de la parole singulière, drôle, attachante, inquiétante… Témoignages qui se recoupent, qui se contredisent, qui racontent d’autres choses du fait d’être ensembles, et portés par Kate Strong et Matthias Girbig, absolument incroyables. Au plus près d’eux, sans singer, mais puisant dans leur extrême propre. Fatigués, hagards, fous à lier, absolument sincère, crûment vrais.
Le tout est ponctués de musique, on ne pouvait pas faire sans, mais c’est tellement bien amené. Des vagues de musique, qui déferlent d’un coup, des comédiens qui prennent en charge le chant comme il se doit, comme le mouvement est, sans concession. Les tripes à l’air, plus de code, la règle c’est qu’il n’y en a plus, la règle c’est que c’est jusqu’à la mort.
Ce que ça raconte, ce n’est pas un combat, ce ne sont pas des idéaux, bien au contraire. Ce sont des jeunes gens dans l’Amérique des années 70 qui ont hurlé ce qu’ils étaient, et rien d’autre. Qui ont hurlé parce que c’est comme ça qu’ils voulaient faire. Qui nous parle du néant et n’en ont même pas peur. Qui ont vécu ce qu’ils avaient à vivre jusqu’à la dernière goutte de sueur. Pas pour les poser en exemple. Ni pour les mettre sur un piédestal, ce n’est pas la question. Juste pour dire que c’est possible.
Please kill me
D’après Legs Mc Neil et Gillian Mc Cain
Adaptation, conception et mise en scène de Mathieu Bauer
Avec Kate Strong et Matthias Girbig (interprétation et chant), Sylvain Cartigny, Mathieu Bauer, Lazare Boghossian (instruments)
Du 9 au 26 mars à 19h30
Dimanche à 15h30. Relâche les 13, 17 et 23
Théâtre de la Bastille
76 rue de la Roquette – Paris 11
Réservations: 01 43 57 42 14
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