Le titre est beau, et, on le sent, volontairement poétique. Exactement à l’image du spectacle qu’il désigne, un spectacle qui est beau, mais souffre parfois de la volonté de l’être.
A travers le thème de l’insomnie, la compagne Mesden nous invite à une exploration visuelle du monde de la nuit qui ne s’endort pas. Spectacle qui ne repose pas sur un texte, mais sur des images, narration faite de lumières et de formes, d’étrangetés, d’hybrides qui sortent du néant.
Un pari presque gagné
Plongés dans le noir. Une chanson dans le noir, une lumière lointaine et vague, des formes qui le sont au moins autant. Dès le début, le ton est donné, et il est engageant : on est happé. Il y a dans ce travail quelque chose de Roméo Castellucci et de sa Tragedia Endogonidia (#3 Berlin, surtout) : derrière une bâche tendue, les danseuses et comédiennes jouent sur la perception, s’éloignent, deviennent informes, se précises, deviennent des danseuses, des cerfs … attirantes, hypnotisantes, et légèrement angoissantes. S c’est ainsi que Laurent Bazin (conception et mise en scène) parle de l’insomnie, il a le ton très juste : effectivement, on sent dans ses images le jeu étrange de la nuit sans repos, cette acuité-là qui nous fait entendre et voir des choses qui semblent sortir de nulle part pour n’aller nulle-part, cet état de presque rêve qui nous fait voyager à partir des ombres d’un arbre sur un mur, et toujours avec cette envie insatiable de dormir, qu’on ne peut satisfaire. Il y a tout ça dans ses images.
Tout le spectacle est sous-tendu par un univers sonore. On en arrive à regretter parfois le silence, qui nous permettrait de se libérer d’un univers un peu trop volontairement marqué (bande-son d’orage, musiques de cabaret d’un autre temps, comme dans les films de fantômes…) pour voyager dans le sien propre à partir des images proposées. De même, si les images sont extrêmement travaillées et précises, les textes sont plus ou moins improvisés, l’important pour le metteur en scène n’étant pas ce que disent les interprètes, mais leur manière de dire. Cependant, ça ne fonctionne pas si bien que ça, le ton est parfois un peu forcé, on sent un peu l’hésitation, ce qui est dit n’est effectivement pas intéressant, en tout cas pas assez délibérément inintéressant pour éveiller un autre intérêt (je vois très bien ce que je veux dire). Ça peut avoir l’air très négatif tout ça, mais finalement ça ne l’est pas. Ce qui est dommage, en fait, c’est que le pari qui est pris par la compagnie, et qui est intéressant, très intéressant, c’est d’utiliser le théâtre pour raconter autrement, parler aux sens des spectateurs et pas à leur raisonnement, et ils ne vont pas jusqu’au bout du défi, alourdissent leur projet de repères devenus classiques dans le théâtre contemporain (musique soulignante, quelques images surannées, textes faciles), alors que les images (la plupart d’entre elles) quand elles sont là pour elles-même, sans aucune volonté d’être comprises, sont magnifiques, et plus parlantes, touchantes, que n’importe quelle explication. En somme, c’est un beau spectacle, et qui pourrait l’être encore plus.
L’insomnie des murènes
Conception et mise en scène : Laurent Bazin
Avec Christine Armanger, Lise Coesler, Adeline Diebolt et Chloé Sourbet
Du 1er au 17 mars
Les mardis, mercredis et jeudis, 19h
La Loge
77 rue de Charonne, 75011, Paris
Réservations: 01 40 09 70 40
Site web













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