Un monologue saisissant, livré par une comédienne qui l’est tout autant, dans une scénographie à la simplicité exemplaire. Le spectacle est parfait.

Elfriede Jenilek, est l’auteur de “Drames de Princesses” (pour lequel elle a reçu le prix Nobel de Littérature). Dans cet ouvrage, Pauline Laidet a décidé de s’attacher à la figure de Jackie Kennedy. Seule en scène, elle nous livre ce monologue étrange et post-mortem, d’une femme de pouvoir, de vêtements, d’un cynisme et d’une froideur désarmants.

“Mes vêtements étaient plus individuels que mes paroles, vous comprenez?”

Crédit photo Vladimir Steyaert

Bâche blanche et épaisse qui tombe des cintres et couvre le sol, tabouret blanc. C’est très clair que l’espace n’est pas représentatif, nous sommes dans un ailleurs. Noir. Lumière. Elle est là, cheveux parfaits, tailleur parfait, expression indéfinissable. Elle ouvre la bouche, et c’est parti, et on sent que ça ne reprendra qu’à peine son souffle jusqu’à ce que ce soit fini. Fugitivement, on pense aux Règles du savoir vivre dans la société moderne (Jean-Luc Lagarce). Il y a de ça, bien sûr, dans cette femme, figure mythique du XXème siècle, qui nous parle de l’importance extrême du choix du vêtement, qui n’accentue pas sa taille, et ne fait qu’effleurer à peine sa peau, de sa volonté de toujours de se bien marier, pour être au plus haut, de ce rôle de princesse : être inatteignable et faire croire aux gens qu’ils peuvent comprendre ce qu’elle vit, ces gens qui achètent les magasines dont elle fait la couverture, avec ses yeux très écartés et son expression de circonstance. Qui déverse aussi son amertume, de souvenir de la tête de son mari éclatée sur ses genoux, des cheveux blonds de Marylin qui refusaient d’entrer dans le cercueil, de ses enfants morts-nés…

Le texte, déjà, est incroyable. Et difficile aussi, sûrement, à prendre en charge. Parce qu’on sait bien qu’un texte comme celui-ci se suffit à lui même. Alors pour le prendre en charge, il faut être capable de se le coller au corps parfaitement, comme un tailleur (d’ailleurs). Et Pauline Laidet s’en sort merveilleusement. Sans imiter, sans jouer la vieillesse (Jackie nous parle d’après sa mort), elle joue de l’adresse directe, s’offre au regard, dans un corps précis, avec peu d’accessoires (et les seuls qu’elle utilise sont à la fois ridicules et puissants), droit dans les yeux, brute de décoffrage, puis droit dans sa douleur, pour se reprendre aussitôt, de circonstance. Pendant plus d’une heure, elle nous trimballe, on l’écoute, passionnément, elle nous maltraite un peu, du haut de son statut, et nous dévoile sans pudeur, finalement, ses blessures, qu’elle étale en faisant semblant de les contenir. Un spectacle qui ne joue que de quelques effets de lumière, très simples, qui accompagnent le texte et l’actrice sans rien souligner, délicatement, et qui nous fait plonger dans la solitude abyssale de cette parole, émouvante, violente et dévastatrice. Une réelle performance.

Jackie
“Drames de Princesses / La Jeune fille et la Mort n°4″ d’Elfriede Jenilek
Spectacle conçu et interprété par Pauline Laidet
Les 1, 2, 3, 8, 9 et 10 mars 2011 à 21h

La Loge
77 rue de Charonne, 75011
Réservations: 01 40 09 70 40
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