Francesco est le petit nom de St François d’Assise, le saint qui parlait aux oiseaux. C’est avec ce ton familier, bariolé, irrévérencieux mais bonhomme que le prix Nobel de littérature 97 Dario Fo s’attaque au genre de « la vie de saint ».
On pourrait s’étonner d’abord de voir le grand agitateur de gauche italien, anti-clérical au point de s’être fait plusieurs fois rappeler à l’ordre par le Vatican lui-même, se pencher sur la vie du fondateur de l’ordre des franciscains. Mais pour les utopistes, pour les poètes et pour les tendres, Jésus est un révolutionnaire bon vivant qui, pour premier miracle, a l’intelligence de donner à boire aux invités d’une noce. Et saint François, un conteur jovial et d’excellent naturel, qui aime à chanter tout le temps. La preuve, c’est que le petit « Francesco » (à prononcer à l’italienne), avant que la grâce se mette à lui faire résonner la caboche, aimait les femmes, la danse et la boisson. Et puis la gloire aussi. Mais enfin, sur un coup de cloche, le jeune homme décide de tout quitter, vêtement, famille, argent, pour « sauver » l’Eglise à coups de truelle et de récits. Il veut « raconter les évangiles ». Le voilà sur les routes, le voilà à Rome pour demander la permission au pape de prêcher dehors, près des oiseaux. A sa candeur, Dario Fo oppose les exploiteurs, inquisiteurs, conformistes, capitalistes et cléricaux de tous poils. Francesco, naïf mais hardi, simple mais courageux, a cette psychologie d’un héros de chevalerie sans épée, la bonhomie d’un crocodile dundee, la ruse des justes. Francesco, c’est l’homme qui convertissait les loups plus facilement que les hommes.
Un conte sympathique, virtuose et sans heurt
Cette fable aux allures de road movie où se mêlent saillies rabelaisiennes et scènes Don Quichottesques, Gilbert Ponté la sert avec énergie, talent et générosité. Sa voix se coule dans la bouche et la gueule des protagonistes avec une souplesse libératrice, roule les graves et taquine les aigus. Revenu au naturel, son timbre caresse l’oreille et touche juste. Expansif, expressif, il rivalise de mimiques et de postures qui font voir les moindres détails physiques et moraux de ses personnages. Il est loup, mama et pape avec le même brio. Dans une esthétique toute cartoonesque, il nous fait partager la jubilation des métamorphoses et des invraisemblances. Il investit avec finesse les économes mais efficaces supports de jeu proposés par la mise en scène.
Un fil à linge, quelques vêtements, une bassine, seront à peu près ses seuls camarades de jeu. Cette mise en scène vaut par sa discrétion, elle est centrée avec raison sur l’acteur et l’art de conter. Cependant on regrette une certaine facilité et une pauvreté dans le dispositif d’ambiance, censé nous faire entrer dans l’univers italien. Il est construit hâtivement par des clichés : bande sonore un peu attendue et trop brouillonne, jeu de lumière tricolore ingrat, images d’une Italie populaire simplifiée, entre Fellini et le chianti d’Arlequin. D’autant qu’on se demande si le petit jeu introductif de bonimenteur est bien utile. Ces petits trucs vus et revus finissent par lisser un propos déjà un peu clairet bien que d’excellente volonté. Si l’on passe un « bon moment », charmé par la fraîcheur du jeu et l’imagerie haute en couleurs du texte, la dynamique s’enlise quelque peu dans le dernier quart d’heure. Surtout, on n’aura guère enfoncé que des portes ouvertes, rien de ce qui dérange ne sera abordé : la foi laissée sous le boisseau, « Francesco » rejoint la clique des Gandhi, Bouddha, Jésus, King, Guevara, Confucius, Socrate, Lao Tseu et Thérésa, notre interminable litanie des saints laïcs, avec, certes, en plus, un petit grain de fantaisie.
Francesco
De Dario Fo, traduction de Valeria Tasca
Mise en scène de Stéphane Aucante
Avec Gilbert Ponte
Du 6 février au 29 mai
Dimanche 15h30, Lundi 20h30.
Relâche les 20, 21 février et 13 mars
Théâtre La Bruyère
5, rue La Bruyère, 75009 Paris, M° Saint-Georges
Site web
Réservations: 01 48 74 76 99













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