On est musicien chez les Cadouin, de pères en filles, jusqu’au beau-frère. Pas le répertoire classique, plutôt Sheila, Lorie, la culture accessible …Bécaud au final, modèle d’élégance et de professionnalisme. Les filles (l’une à la basse, La seconde à la guitare), elles voudraient bien varier, changer de disques, mais c’est Roland qui statue. Il faut dire que s’ il commençait à tenir compte des aspirations, à recueillir les peines et les espoirs, l’avis de tout un chacun, papa Roland, il n’en finirait plus, tout accaparé qu’il est déjà à courir le cachet d’une salle polyvalente l’autre au gré des festivités bretonnes.

La Nature, c’est des vaches qui broutent
C’est plutôt laid chez les Cadouin, leur intérieur. Tout est triste et plat. Et ne vous fiez surtout pas à la longueur de la table de la salle à manger, elle vous induirait en erreur: l’ambiance n’est ni au banquet ni à la noce. Il n’y a qu’à examiner la figure déconfite de Violaine, la nouvelle compagne de Roland, pour être fixé. Elle développe de l’anxiété depuis qu’elle s’est mise en ménage, la belle-mère. Ça lui provoque des flatulences. Bref, pour une famille qui se propose d’égayer vos quatorze juillet, vous ne pouviez pas pire tomber. C’est l’ironie de la chose. Et pourtant, c’est beau la Bretagne, le paysage, mais on n’en verra rien. Bunkerisés dans leur garage en forme de studio de répétitions, les Cadouen mettent pas un pied dehors. Des mines! Cadavériques! Y a que la petite correspondante allemande qui pourrait en disserter de la Nature. Chaque jour, elle fugue, disparaît dans les bois. Seulement Brita, elle ne parle pas le Français. Peut-être qu’elle le sait à la longue mais comment deviner? Elle ne dit rien. Le mutisme total.

Roland, ce silence, ça le met mal à l’aise. Il veut pas l’avoir dans les pattes, la correspondante. Il a bien envisagé de lui refaire passer la ligne Maginot dans le sens inverse, mais ce serait se priver de la bourse d’hébergement, ce serait dire adieu aux costumes, so long au nouvel ampli. Y a bien une fois où on l’a entendu interpréter Bach au piano, Brita, le « séjour linguistique » …. mais la musique, c’est pas comme si ça faisait un point commun! D’ailleurs on voudrait tisser des liens qu’il serait trop tard. Elle s’est pendue dans la salle à manger Brita Baumann. A force de solitude. Et ça, la solitude, Roland pourrait vous en causer: livré finalement à son sort, forcé d’effectuer tout seul son tour de chant foireux du côté de Concarneau, après les défections de chacun, la désagrégation de la cellule familiale. Pas de la tarte à interpréter Britney Spears en anglais dans le texte, à plus forte raison quand on n’a pas d’oreille.

A noter qu’une reprise tout aussi recommandable de Monsieur Martinez, le premier opus des Cadouen se joue également tous les dimanches à l’exception du 20 mars à 17h15 dans la même salle.

Brita Baumann (Les Cadouin #2)
De Gaëtan Peau et Quentin Defalt
Mise en scène Quentin Defalt
Avec Juliette Coulon, Valentine Erlich, Olivier Faliez, Charlotte Laemmel, Emmanuelle Marquis et Gaëtan Peau
Du 1er mars au 10 avril 2011
Le mardi, mercredi, vendredi à 20h30, le jeudi et samedi à 19h30, le dimanche à 15h30

Théâtre 13
103 A, bd. Auguste Blanqui 75013 Paris
Réservation: 01 45 88 62 22
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