Deux hommes s’interrogent sur « ce qu’est le théâtre, l’essence du théâtre (…) ce qui fait que ça ne peut être autre chose, que ça doit être, que c’est fatal ». Ils se lancent dans une première intrigue qui les conduit à un titre « Partouze à la présidence » puis ils tentent une pièce sur un destin individuel pour finir avec un « dialogue sur la mort ». Ils vont chercher dans le « tréfonds » du cœur. Seulement, il faut faire attention de ne pas tomber dans « la psychopsychie ». Pour ça, « il faut transposer », il « faut trouver du symbole, du mythologique ». Malheureusement, ils finissent sur un échec : leur « dialogue sur la mort » n’est pour finir qu’ « une méditation » et une méditation ce n’est pas du théâtre. Car la difficulté, c’est bien d’écrire une parole dialoguée.

Bien qu’il ait collaboré avec Samuel Beckett, l’auteur, Robert Pinget, n’a écrit que trois pièces de théâtre. C’est avec des poèmes, des nouvelles et des romans qu’il a acquis sa notoriété littéraire. On comprend alors pourquoi l’écrivain place le dialogue au centre de la question théâtrale. Les deux hommes plantent un décor, créent des personnages et campent une intrigue. C’est déjà ça mais le plus difficile reste à faire : écrire les répliques. Alors l’un cherche tandis que l’autre aboutit à la réflexion suivante : « il ne s’agit pas de savoir ce que (le personnage) dit, il s’agit de le faire parler ».

Abel et Bela, un vice et versa
Abel et Bela n’est justement qu’un dialogue. Il n’y a pas d’intrigue. Car s’il y a quête, il n’y a pas action. Quant aux personnages, on peut dire que l’un existe et que l’autre n’est là que pour le faire exister. Le premier, interprété par Roland Peyron, alterne enthousiasme et désinvolture. Il nous amuse de ses propositions saugrenues comme celle par exemple de placer un personnage de bossu, parce que les bossus « ça fait théâtre ». Le second, joué par Maurice Vinçon, est plus en retrait. Il freine les envolées de son comparse en martelant les indispensables de l’écriture théâtrale : « des détails ! », « des images ! », « le dialogue ! ». Il est dans l’agacement et dans la lassitude. On regrette qu’il ne pousse pas le premier jusqu’à la colère et la seconde jusqu’au désespoir. Si la gamme de ses humeurs avait été plus étendue, la pièce aurait gagné en rythme. Ceci dit, leur quête intéresse et l’humour est efficace.

Avec ces deux hommes qui tournent en rond, on retrouve un certain théâtre de l’absurde que la création lumière souligne par des cercles concentriques. Le décor figure aussi une certaine impuissance. Deux chaises et deux mannequins de couturières qui font penser à l’assise de l’auteur et au squelette de son personnage : butant sur l’écriture, le premier échoue à habiller le second. Et l’auteur de nous livrer un dialogue qui n’est qu’ « une méditation ». Mais ne lui en déplaise, sa pièce fonctionne !

Abel et Bela
de Robert Pinget
Mise en scène : Eric Louviot, assisté d’Eric Poirier
Avec Roland Peyron, Maurice Vinçon
Lumière : Jean-Louis Floro
Du 8 au 26 mars 2011
20h30 les mardi, vendredi et samedi ; 19h les mercredi et jeudi ; 16h le dimanche 20 mars
Durée du spectacle : 1h

Théâtre de Lenche
4, place de Lenche, 13002 Marseille
Site web
Réservations: 04 91 91 52 22

20h30 du 8 au 10 juin 2011
Tanit Théâtre
La Filature, 11, rue d’Orival, 14100 Lisieux
Réservations: 02 31 62 66 08
Site web