50 minutes brutes de décoffrage, 50 minutes de théâtre, ou de performance, ou plutôt d’une chose, d’une parenthèse de vie, d’instants, de six adolescents, de six fois seize ans ouverts à nos sensibilités, sans démonstration, sans ironie, juste comme dans une belle rencontre.
“16 ans”, c’est un spectacle à la trame précise, aux dialogues plus ou moins improvisés, qui s’appuie sur une petite histoire : des ados qui, pour leur bac, doivent monter un bout des “Acteurs de bonne foi” de Marivaux. Un spectacle qui brouille les cartes, entre le jeu, le plus du jeu, le spontané et le calculé, la vraie vie et puis le reste, pas moins beau.
“Et dramaturgiquement, c’est quoi ton projet?”
Pascal Rambert a conçu le spectacle, et ce qu’il a conçu c’est de ne pas choisir à la place de ces gosses ce qu’ils avaient à dire, mais de partir d’eux et avec eux. Ça c’est bien, et surtout ça se sent. Le spectacle est vibrant, parce qu’il importe à ces jeunes comédiens, parce qu’il leur colle à la peau. Il y a cette fébrilité là. Et surtout, il n’y a rien d’un spectacle de fin d’année, d’une sortie de plateau, de comédiens amateur dont on pourra dire “oh lui il est rigolo quand même!” La question n’est pas là. La question, c’est de laisser ces gens de 16 ans avoir 16 ans en face de nous, sans démonstration, sans être non plus dans un laboratoire. comme une invitation d’eux à nous.
16 ans, ce n’est pas innocent. C’est une charnière. Entre l’enfance et le reste qui se dessine, à l’aune de décisions importantes, de pertes fondamentales aussi, encore hésitant. 16 ans, c’est l’âge des bandes, des copains, des limites qui se testent, des baisers avec la langue, des corps qui vibrent trop pour qu’on les contrôle, de la représentation perpétuelle, de la sincérité absolue aussi.
Alors voilà, on est dans le studio 3 du théâtre, en haut, studio de répétition, il y a des peluches, un canapé, télé, console, vêtement, ordinateur, lumières… C’est là qu’ils ont répété, et c’est là qu’ils vont jouer, et ils vont jouer à répéter une pièce où les personnages jouent aussi à répéter. Mise en abîme au carré en somme. La pièce de Marivaux est parfaite pour l’occasion. Eux sont géniaux. Ils parlent trop vite, tout le temps, ils n’articulent qu’à moitié, disent des mots qu’on ne comprend pas, mais c’est beau, c’est tellement beau. Ils essaient, ils s’amusent, ils savent ce qu’ils montrent, ils ne se mettent pas en danger inutilement, ils se trompent un peu et n’ont pas peur de se tromper un peu, jouent avec. Ils nous apprennent des choses sur là où ils en sont, sans devenir théorique ou volontairement poétique, sans même essayer de nous faire comprendre des choses, juste à être là et évoluer. C’est courageux, en plus, d’y aller comme ça. D’accepter de jouer soi-même, courageux et difficile. 16 ans c’est peut-être le dernier moment où on peut le faire avec tant d’innocence. Où on peut encore donner des bonbons au public à défaut d’avoir eu le droit de cuisiner sur scène, et le dire.
16 ans
Conception : Pascal Rambert
Avec Mickaël Delabrousse, Yassin Halfi, Adja Kaba, Celia Marianni, Elliott Turbet et Emmanuelle Vargenau
Du 1er au 19 mars 2011
Théâtre de Gennevilliers
41 av. des Grésillons – Gennevilliers
Réservations: 01 41 32 26 26
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