Depuis trente ans l’univers du virtuose Marc Hollogne révolutionne le cinéma-théâtre. Après « Marciel monte à Paris », voici « l’Illuminé », fable sur les dangers du progrès, sur fond du grand essor scientifique du siècle des lumières. Surréaliste et drôle, surprenante à souhait, cette tragi-comédie pleine de rebondissements, fait écho aux affres du XXIème siècle. A voir d’urgence, afin de lutter contre « l’endormissement des sens » dicté par notre société de surconsommation.

En 1788, le chevalier de Cassignac alerte ses contemporains sur les conséquences de la révolution industrielle, qui pourraient bien bouleverser « jusqu’à l’ordre des nuages », avec un manifeste visant à interdire les machines à vapeur ! Loin d’écouter les prophéties de ce « manant », bien trop culotté, on le jette dans un cachot. A la tête d’une manufacture de métiers à tisser, la comtesse de Leauvive voit ses machines se mécaniser. Or elle s’inquiète de l’intrusion de cet hurluberlu, qu’elle a bien connu autrefois…

« L’essentiel est antérieur à l’homme »
« Peuples, sachez donc une fois que la Nature a voulu vous préserver de la Science, comme une mère arrache une arme dangereuse des mains de son enfant. » prévenait en son temps Jean Jacques Rousseau. Serions-nous animés par autre chose que le profit ? Par les visions logées dans nos songes inaliénables, peut-être ? Dans les rêves de Marc Hollogne, il y a des jeunes filles nues à la source, Jean-Jacques Rousseau, et des potagers aussi. Des potagers avec des lentilles, des lentilles de microscopes qui permettent de voir la lune, cet astre dont le génial geôlier Rufus cherche à définir l’utilité, tandis que pour notre héro « elle inspire l’inaccessible ».
Un parfum de liberté, de poésie et de fantaisie accompagne la fougue de l’auteur-acteur –metteur en scène. Au sein de sa troupe talentueuse et homogène, la belle Félicie Baille, en maline domestique, nous embarque dès les premières images à bord de son comte, dont on espère une heureuse issue. En effet « à l’aube de l’obscurité », la lanterne du dissident Cassignac pourrait bien éclairer nos sombres cellules… On dirait le cinéma sans aucune contrainte et le théâtre avec une précision d’orfèvre, se confondant sur une scène de tous les possibles. Immense, intelligente et belle, l’œuvre s’imprime dans nos mémoires au-delà de toute prouesse technique. La révolution est dans nos âmes.

L’Illuminé
Scénario, dialogues, réalisation et mise en scène : Marc Hollogne
Interprétation :
Sur écran : Rufus, Mathilda May, Michel Jonasz, Angela, Delfini, Jean-Paul Bordes, Félicie Baille, Nathalie Gillet, Fedele Papalia, Alain Dion, Edith Develeyne, Maïa Gueritte, Marie Mantacheff, Ophélie Bazillou ; sur scène : Marc Hollogne , Laurent Dauvillée , Nicolas Goret.
Jusqu’au 13 mars
Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h

Théâtre Déjazet
41, boulevard du temple, 75003 Paris
Site web
Réservations: 01 48 87 52 55