Le titre en dit déjà beaucoup : le ciel pour le spirituel et la chair pour le charnel. C’est le tiraillement incessant qu’a connu tout au long de sa vie l’Abbesse Héloïse. Elle a vécu une passion. En effet, une passion dévorante et destructrice est née avec son maître (le philosophe Pierre Abélard) à Paris au 12e siècle. Une passion qui bouleversera à jamais la vie et le destin de ces deux protagonistes. Deux êtres qui vont s’aimer follement malgré l’interdit. Et qu’en restera t-il ?

Pure émotion…
Le plateau est nu. Seules deux chaises y sont placées. Une pour la violoncelliste ou le contrebassiste (Birgit Yew ou Michel Thouseau) et l’autre pour la comédienne (Christelle Willemez). Cette mise en scène (assurée par Clara Ballatore) tout à fait épurée fait sens : le texte d’une puissance rare n’a besoin de rien d’autre qu’une voix pour le donner à entendre. Apparaît alors la comédienne, vêtue d’une robe longue virginale, avec un port de reine, et aussitôt, l’impression d’être face à une toile de maître.

La comédienne, Christelle Willemez, est tout à fait fascinante dans le personnage d’Héloïse. Le texte est parfaitement concret. Il n’y a aucun enjolivement. Elle réussit à trouver sa musicalité et à lui rendre toute sa force. Nous sommes par ailleurs portés par sa puissance. Et, là où la comédienne est étonnante, c’est qu’elle ne fait rien ou presque. Elle a une magnifique présence mise en exergue par un jeu de lumières tout en nuance. Mais on ressent, cependant, les mouvements intérieurs. Même si c’est joué avec beaucoup de pudeur, l’émotion est belle et bien présente. Elle est accompagnée d’une violoncelliste (en alternance avec un contrebassiste) qui nourrit certains silences comme une continuité de la pensée de la comédienne. Ces moments sont de magnifiques respirations.

De plus, ce qui est tout à fait étonnant dans cette pièce, c’est la qualité du silence. Les silences sont sublimes. Comme s’ils étaient nécessaires afin d’accueillir le texte, d’une force rare. Ils ont ici un rôle fondamental. Tout autant que celui de la violoncelliste. Elle est, en permanence, un extraordinaire soutien à la comédienne, en totale écoute.

Les spectateurs sont littéralement suspendus à ses lèvres, comme si chacun retenait son souffle. Car la comédienne nous embarque dans ce voyage et nous rend témoins de sa vie, de sa passion.

Il y a comme un apaisement lorsque l’on sort de ce spectacle, comme si quelque part, il nous avait permis, à nous également, une introspection de nos propres vies, comme si ce spectacle, cette passion racontée avait finalement résonné en chacun de nous.

Entre ciel et chair
De Christiane Singer
Mise en scène de Clara Ballatore
Avec Michel Thouseau, Christel Willemez, Birgit Yew
Jusqu’au 26 mars 2011
Du mardi au samedi à 18h30


Lucernaire
53, rue Notre Dame des Champs 75006 Paris
site web
Réservations: 01 45 44 57 34