Constat amer sur la vie conjugale, cet ovni théâtral à la mise en scène assumant ses audaces surprend, dérange mais finit surtout par séduire. Il faut dire qu’il bénéficie d’une interprétation de haut vol.
La mariée n’était pas en noir bien qu’elle en broyât déjà bien avant l’autel. La voilà courant dans la forêt avec un des invités de la noce. Noce barbante s’il en est. De toute évidence, ces deux-là se sont trouvés. Mais pour en arriver là, il a bien fallu que quelque part le train-train de la vie déraille. Flash back…
Une banale histoire de couples, ces « Cavales » ? Cela pourrait effectivement en prendre le chemin s’il n’était de traverse. A l’image du parcours de tout couple, semble nous laisser entendre le metteur en scène, qui n’a pas lésiné sur les moyens pour dresser un constat désabusé de la vie conjugale. Deux comédiens seulement vont endosser, à une allure vertigineuse parfois, tous les personnages, alternant les séquences de liesse à celles où la décrépitude conjugale est plus que consommée. Les uns sont l’avenir ou le passé des autres et inversement, le tout consistant à montrer clairement que chacun n’est que son double désabusé en devenir. Pas drôle, tout ça ?
Une bonne dose d’humour toutefois
Pas drôle mais pas si pathétique que ça, au fond. Une assez faible empathie pour les personnages permet de désamorcer, lorsque surgissent quelques éléments vraiment drôles, cette impression de descente aux enfers. Car au fond, ces individus, qui naviguent entre fantasme et réalité, se rient aussi d’eux pour mieux le faire de tous. C’est finalement un jeu où proie et prédateur se passent inlassablement le relais, se renvoient la balle. Elle peut être saignante, cinglante, silencieuse (ce qui est pire encore), masquée, inquiétante aussi…
Cette unité qu’induit la mise en scène et qui enferme les personnages dans ce marasme conjugal sans retour s’appuie également sur un décor simple mais imposant, modulable mais difficile à faire bouger, à l’image de ces couples que la pesanteur des ans cloue sur place dans une inanition mortifère. Et au milieu de cette étrange structure, deux comédiens. Ils sont beaux, ils sont bons. Très bons. Michel Laliberté que l’on avait vu dans « Ladies Night » l’an passé, trouve là un rôle vraiment à la mesure de son immense potentiel. Il est magnifiquement accompagné par Stéphanie Papanian dont la palette de jeu est impressionnante. Ils ne jouent que jusqu’au 26 février. Il faut absolument venir les voir !
Cavales
De Pierre Vignes
Mise en scène : Sébastien Rajon
Avec Michel Laliberté et Stéphanie Papanian
Lumières : Florent Barnaud
Son : Pygmy Johnson
Costumes : Victoria Vignaux
Jusqu’au 26 février 2011
Du mardi au samedi à 20 heures
Théâtre Essaïon
6 rue Pierre au Lard, 75004 Paris
Réservations : 01 42 78 46 42
site web














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