Une critique sur le ton absurde de notre belle société qui s’acharne à garder un intérieur à l’aspect impeccable au lieu de s’occuper des problèmes de fond. S’annonçant lui-même comme une comédie « interrogeant sur notre rapport à l’autre », le spectacle parviendra-t-il à nous faire rire en bousculant nos convictions?
Grete et Fritz vivent dans une belle maison avec une horloge aux rouages parfaits. Grete, en bonne femme d’intérieur s’occupe tous les jours de rendre la maison impeccable pendant que son mari est au travail. Ce jour-là tout bascule car Grete a acheté son détergent au marché cosmopolitain. L’endroit a la réputation d’être mal famé et Fritz doute de la valeur des produits qu’on y trouve. Désormais il peut arriver n’importe quoi, l’obsession de Fritz est déclenchée. Comment faire confiance à une femme qui achète le détergent au marché cosmopolitain?
Notre vie comme mauvaise publicité
La pièce commence effectivement dans un mélange entre Ionesco et une très vieille publicité pour un quelconque produit d’entretien. La comédienne astique, nettoie, frotte pour que tout soit impeccable car monsieur va rentrer du travail. Lorsqu’il s’installe, il lit le journal tandis que l’horloge marque les secondes. Clin d’œil astucieux à la cantatrice chauve indiquant le genre et le degré de la pièce. La présentation est irréprochable. Le décor simple mais très travaillé nous situe immédiatement dans un hors temps au goût suranné. Il en va de même des costumes de Tania Zekkout qui sont sublimes, amusants et pratiques. La matière, qui ressemble à du vinyle, transmet l’aspect hermétique de la petite vie du couple. Tout est prêt à laver et facile à l’emploi. Véritablement ingénieux aussi, l’écran rond placé en fond de scène qui sera tour à tour l’horloge, l’écran de télévision, et la projection de l’imaginaire des personnages, permettant surtout d’occuper les inter scènes tout en faisant avancer l’intrigue.
La direction d’acteurs est tout aussi millimétrée, la comédienne Vincianne Goullon interprète de manière savoureuse le rôle d’une petite femme d’intérieur un peu simple qui rêve de trouver le bonheur. Le tout impeccablement rythmé par une musique au charme également désuet. Le seul problème c’est que le texte a un peu mal vieilli et l’on a du mal à se reconnaître dans cette petite vie rangée. Certes, l’aspect absurde et la distance avec les personnages sont là pour nous amuser et on rit effectivement de bon cœur. Cela étant dit pour ce qui est de nous interroger sur le rapport à l’autre la mission n’est pas franchement accomplie. Le texte est bavard mais la plume est belle, il faut le reconnaître, l’ennui n’est pas un risque. Sur scène on voit un homme raciste tenir des propos extrémistes à sa petite femme bien gentille qui n’a pas d’avis puisqu’elle n’est qu’une femme simple dont l’unique fonction est de garder son intérieur tout à fait propre. Seulement ces propos s’avèrent être le reflet d’une certaine réalité puisque l’on voit effectivement débarquer un étranger.
Le seul but du dit étranger est de violer la pauvre Grete qui, c’est évident, reste sans défense. Le propos n’est donc pas si clair quand au rapport à l’étranger, faudrait-il le laisser entrer? En tout cas, le bannir enferme dans une boucle, puisque malgré les efforts de Fritz pour tuer celui qui s’avère être son ennemi, le problème reste irrésolu. La critique du rapport néandertalien entre le mari est sa femme semble abusive car si l’on ne peut nier que ce type de couple existe encore je doute que beaucoup parmi les spectateurs se soient sentis concernés. Néanmoins, l’acidité du propos et l’humour décapant servis par une mise en scène pétillante rendent le spectacle divertissant et l’on passe un agréable moment en compagnie de comédiens énergiques et précis.
Alpenstock
De Rémi de Vos
Mise en scène de Julien Alluguette
Avec Vinciane Goullon, Albin Lelong, Assane Timbo
Jusqu’au 26 février 2011
Du jeudi au samedi à 21h15
Théâtre du marais
37, rue Volta, 75003 Paris
site web
Réservations: 01.45.44.88.42












Pas de commentaire pour l'instant