Laurence Février, comédienne et metteur en scène, est avant tout une grande combattante du théâtre et une amoureuse de la littérature. Tout en continuant à brûler les planches auprès de nombreux metteurs en scène tels Philippe Adrien ou Claude Régy ou à jouer au cinéma et à la télévision pour Chatilliez, Ruiz ou même Spielberg, elle crée sa propre compagnie pour défendre cet amour des belles lettres. Elle monte ainsi une vingtaine de spectacles allant de Pirandello à Erasme, de Marivaux aux poètes français des 19e et 20e siècles. Plus récemment, elle s’intéresse aussi à une écriture plus contemporaine comme avec « Ils habitent la goutte d’or » ou « Suzanne » qu’elle joue à Avignon et au Lucernaire. C’est d’ailleurs tout naturellement vers ce théâtre qu’elle revient pour nous présenter sa dernière création « La passion corsetée ». Seule en scène, Laurence Février invoque Mme de La Fayette dans une robe rouge passion, la fait déambuler entre des colonnes voilées, se dédoubler dans des miroirs où se reflètent les passions. Elle nous fait entendre le texte avec force et émotion et réussit le pari de nous faire aimer et redécouvrir ce magnifique chef- d’œuvre.

Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir “La princesse de Clèves” et à défendre ce texte ?
« Je suis « tombée » dans La Princesse de Clèves quand j’étais gamine et que je l’étudiais à l’école. J’ai continué à porter ce roman, en secret, comme un de ceux qu’on emporterait sur une île déserte… Ma prédilection pour ce texte, je n’en parlais donc pas, mais à cause, ou grâce, à des événements récents, je me suis dit qu’il fallait passer du secret à la révélation. Je me suis dit qu’il y allait de ma responsabilité d’artiste, de proposer au public d’entendre ce chef-d’œuvre, que les gens l’aient lu ou pas. C’est l’angle premier de mon projet : dire et redire cette langue magnifique, notre patrimoine littéraire, et éviter par tous les moyens qu’on ne mette ce chef-d’œuvre aux oubliettes.
Je souhaite créer un acte artistique, qui soit aussi un acte de résistance et de contestation poétique à la critique qui a été faite de ce texte au plus haut sommet de l’Etat. »

Comment s’est effectué le passage du roman à la scène ? Avez-vous rencontré des difficultés à l’adapter ?
« C’est l’aspect le plus absolu et le plus violent de la passion qui a été choisi pour le spectacle, en mettant le plan focal sur les trois personnages principaux de l’œuvre. Chacun vit la passion d’une façon absolue et singulière : le Prince de Clèves jusqu’à la mort, le duc de Nemours jusqu’au refus d’accéder au trône, la Princesse de Clèves jusqu’au retrait de la vie sociale et à la séparation éternelle. Trois personnages pour qui il n’y a “pas de quartier” une fois qu’ils ont embarqué sur le vaisseau de la passion. Une passion, vécue jusqu’au sublime, qui devient irrécupérable par quiconque et profondément subversive. »

Qu’est qui vous a interpellé dans ce triangle de “passions amoureuses” entre cette femme, son mari et son amant ? Selon vous, la passion peut-elle être destructrice ?
« Quand Madame de Lafayette écrit, c’est toujours pour parler d’une femme à qui elle donne le premier rôle, mais c’est elle-même qui apparaît en creux et de façon magistrale. Ses héros sont très jeunes, ils se débattent au premier plan dans les affres de leur passion, mais elle leur donne une maturité d’analyse qui est bien au-dessus de leur âge, et c’est sa conception du monde à elle, qui apparaît. C’est elle qui nous donne accès à un ailleurs, par une construction romanesque vertigineuse, elle nous fait respirer un autre éther, respirer l’air d’un autre paysage. Ce qu’elle nous montre, c’est une femme capable de choisir l’absolu, quitte à le payer d’un prix exorbitant.
Je ne sais pas si la passion est destructrice, ce que je sais, c’est qu’elle donne autant de joies que de souffrances, mais surtout qu’elle arrache les passionnés au quotidien et à la pesanteur. »

La passion corsetée
Un spectacle de et avec Laurence Février
Par la compagnie Chimène
Jusqu’au 16 janvier à 20h et le dimanche à 15h
www.princessedecleves.com

Théâtre Le Lucernaire
53 rue Notre Dame des Champs 75006
Metro : Notre Dame des Champs, Vavin ou Saint-Placide
Réservations : 01 45 44 57 34 / site web

Laurence Février joue aussi « Suzanne, une femme remarquable »
Au Théâtre de Chelles mardi 17 mai 2011 à 20h45
Réservations : 01 64 21 02 10 / www.theatre.chelles.fr
A l’Apostrophe-Théâtre des Arts les 19, 21 et 23 mai 2011
Réservations : 01 34 20 14 14 / www.lapostrophe.net