La théâtralité de Flaubert ne résonne pas comme un pléonasme. C’est pourtant le défi que se lance Marie Martin-Guyonnet en interprétant avec force et détermination. Ainsi conté, ce « Cœur simple » dont le moindre mot, le moindre silence sont soulignés nous chavire à chaque instant. Un moment précieux.

A une de ses nombreuses correspondantes, madame Roger de Genettes, Flaubert, en 1876 définissait en ces mots sa nouvelle « Un cœur simple » à laquelle il s’est attelé avec sa légendaire boulimie de travail : « C’est le récit d’une vie obscure, celle d’une pauvre fille de campagne, dévote mais mystique, dévouée sans exaltation et tendre comme du pain frais. Elle aime successivement un homme, les enfants de sa maîtresse, un neveu, un vieillard qu’elle soigne, puis son perroquet. Quand le perroquet est mort, elle le fait empailler et, en mourant à son tour, elle confond le perroquet avec le Saint-Esprit. Cela n’est nullement ironique comme vous le supposez, mais au contraire très sérieux et très triste. Je veux apitoyer, faire pleurer les âmes sensibles, en étant une moi-même ».

Avec ce texte, rédigé dans les moments où le romancier perd son « ami George » ainsi qu’il appelle la dame de Nohant, Flaubert rompt en effet avec ce cynisme qui habite « Madame Bovary » (que fera si bien ressortir Chabrol dans son adaptation au cinéma) ou encore « Bouvard et Pécuchet ». « Un cœur simple » a tout pour faire pleurer dans les chaumières. Son personnage a le déterminisme tragique de Cosette et de Gervaise réunies, ces êtres sur lesquels s’acharne le destin.

Marie Martin-Guyonnet va réussir pourtant à minimiser cette aura tragique sans pour autant trahir le propos flaubertien. Elle s’en empare avec l’art du conteur, jouant de quelques accessoires, essentiellement vestimentaires, mais également de son phrasé. Chaque mot est pesé, chargé d’une intonation qui parfois flirte avec la légèreté, voire la drôlerie. Les longues phrases du texte se gorgent de tout leur sens, transcendant l’anecdotique pour lui insuffler une aura universelle. Durant une heure d’intensité brute, la comédienne appuie sur le détail, rendant extraordinaire ce destin pourtant simple et banal que sublime la perfection de l’écriture. Un défi relevé avec panache.

Un cœur simple
De Gustave Flaubert
Mise en scène et interprétation : Marie Martin-Guyonnet
Avec la complicité de Jean Pennec
Lumières : Jean-Yves Courcoux
Jusqu’au 8 janvier 2011
Du mercredi au samedi à 19 heures
Théâtre du Guichet Montparnasse
15 rue du Maine, 75014 Paris
Réservations : 01 43 27 88 61
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