Révélation du dernier Tavernier (La Princesse de Montpensier), Raphaël Personnaz, en duc d’Anjou apparaît à l’écran comme une évidence. Derrière ses vingt-huit printemps et son physique de jeune premier, il y a pourtant déjà dix ans de travail, au théâtre, à la télévision, au cinéma. A peine revenu d’un tournage mémorable au Tadjikistan, Raphaël Personnaz nous retrouve dans son QG du Quartier Latin, l’œil vif, prêt au jeu des questions-réponses…
Alors, alors, commençons par le début. Enfant de la balle ou pas du tout ?
“ Pas du tout ! J’ai été dans un cours de théâtre quand j’avais douze ans, mais au départ j’y ai été parce qu’il y avait une fille dans ce cours qui me plaisait bien. J’y suis allé un mercredi, c’était pas loin d’ici, sur une péniche, et je suis revenu la semaine suivante. La prof m’avait demandé de préparer un texte. La fille n’était plus là. Mais par contre, sur scène, je me suis senti tout de suite bien. ”
Justement de votre formation, qu’en avez-vous retiré et qui vous sert encore aujourd’hui ?
“ Ce qui est très bizarre c’est que j’ai eu des professeurs extrêmement différents, donc des influences très variées mais complémentaires aussi. Par exemple, j’ai appris à travailler les personnages d’une manière plus physique, selon la méthode de Michael Tcheckhov, où l’on ressent plus les choses par une attitude corporelle qu’on va adopter, et qui transforme la psychologie du personnage. Mais après, j’ai eu d’autres profs plus attachés sur le texte, sur sa richesse. C’est un peu sur la nuance des deux que j’essaie de jouer. ”
Quelles sont vos rencontres-clés au théâtre ?
“ Je vais en retenir deux pour le moment. D’abord Hélène Vincent, avec qui j’ai travaillé il y a quatre ans. Une immense comédienne de cinéma et de théâtre qui m’a vraiment retourné. Il y avait deux auditions pour la pièce Van Gogh à Londres au théâtre de l’Atelier, et à la première audition, j’ai voulu faire le malin. J’avais choisi un texte de philosophie de Sénèque qui n’était pas franchement théâtral. Et elle m’a cassé, c’était terrible. On a cependant travaillé sur cette audition, et en revenant, je me suis dit: « jamais de la vie, je ne la reverrai! ». Elle me rappelle un mois après, et là je devais passer un texte de la pièce. J’avais compris cette idée d’engagement total pour le personnage grâce à cette, femme entière, qui ne laisse rien passer (là encore c’est toujours pour le bien et jamais castrateur!). Autre rencontre importante, Ladislas Chollat, avec qui j’ai joué Médée d’Anouilh, qui est un metteur en scène qui sait très tôt ce qu’il veut sur le plateau. Donc au départ, on a l’impression de ne pas avoir de propositions à amener, et en fait, dans ce qu’on pourrait appeler un carcan (qui n’en n’est pas un!), on peut trouver « sa liberté ». ”
Au cinéma, votre interprétation du Duc d’Anjou dans le dernier Tavernier est saisissante: on arrive presque à ressentir à l’écran, la jubilation de l’acteur derrière le personnage! Comment l’avez-vous abordé ?
“C’est vrai que je l’adore ce personnage. A un point, même!… En fait, je suis arrivé sur ce tournage très tard. Trois semaines avant le tournage, j’ai une lecture avec Tavernier, suite au désistement de Louis Garrel. Et une heure après il me rappelle en me disant que le rôle du duc d’Anjou est pour moi. Le plus beau jour de ma vie ! Au moins, c’était clair et net! (rires). Je me le suis représenté comme un serpent, qui est là, sympathique mais qui peut mordre à tout instant. Et ça peut être extrêmement violent. Et les autres le savent. Avec un texte à l’appui qui me permettait de passer d’un état à un autre, en une fraction de seconde. Un texte d’une richesse vraiment incroyable.”












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