Le Théâtre 13, qui ne manque décidément pas d’idées originales, propose un festival entièrement consacré à cette région du monde si lointaine et pourtant si proche, sublimée par Dumas dans ses récits de voyage : le Caucase. Trois pays à accueillir à la hauteur de leur mérite et de leur sens de l’hospitalité. Un événement rare.
Trois petits pays coincés entre deux mers fermées (mers Noire et Caspienne) dont on se fait souvent des idées les plus fausses. Parlez de la Géorgie à un voisin et il vous répondra immanquablement : « Il doit y faire terriblement froid ». Pourtant, la capitale Tbilissi se situe sous les mêmes latitudes que Rome. Et il y fait souvent très beau. Comme à Erevan, capitale de l’Arménie ou Bakou, celle de l’Azerbaïdjan au bord de la Caspienne. Que d’idées reçues à faire taire…
Trois pays. Trois peuples. Trois religions aussi (l’Arménie et la Géorgie ont leur église autocéphale, orthodoxe et l’Azerbaïdjan est musulman). Une région du monde où les disparités ne s’arrêtent pas là et font le charme et la beauté encore sauvage des lieux. Le Caucase c’est tous les reliefs, tous les climats. Tout y pousse. Tout y fleurit. Trois langues (on ne compte pas les dialectes). Trois alphabets différents. Tous les paysages s’y côtoient. Prenez la Géorgie, par exemple. A 60 kilomètres au sud-est de Tbilissi, vous entrez dans la région vinicole de la Kakhétie et ses multiples églises et monastères. Plus à l’est, les déserts qui seront le lot du visiteur qui franchira les portes de l’Azerbaïdjan. Mais en quittant la capitale géorgienne par l’Ouest, vous vous apprêtez à découvrir une région de torrents fougueux, de basse montagne, de plaines, de villes d’eau comme Borjomi, la station préférée de l’aristocratie russe du XIXème siècle. Alors qu’en prenant la « Military Highway » puisque telle est son nom, vers le nord, ce sont les pics de plus de 4000 mètres qui vous attendent et des paysages de montagnes à couper le souffle.
L’hospitalité comme mot d’ordre
Mais où que vous alliez, le point commun de ces peuples reste leur sens de l’hospitalité. Un Géorgien vous accueillera chez lui, s’excusant de n’avoir rien à vous offrir mais dans les dix minutes qui suivent, sans que vous sachiez comment, sa table se couvrira de boissons, de quelques tomates, de fruits, de biscuits, du célèbre « ratchapouli », ce pain au fromage, emblème de cette gastronomie locale qui n’a pas grand-chose à envie à la nôtre. Les Caucasiens n’ont parfois rien mais vous donnent tout.
L’Histoire a fortement meurtri le Caucase (conflit russo-géorgien vieux de plusieurs siècles, haine turco-arménienne encore latente, instabilité arméno azerbaïdjanaise à cause de la région du Haut Karabach sans parler de la guerre en Tchétchénie), mais il n’en demeure pas moins une terre accueillante et très agréable à vivre. Riche d’une culture de plusieurs milliers d’années, la région a vu naître des artistes majeurs, de Chota Rustaveli à Otar Iosseliani, de Mikhaïl Kalatozov (le cinéaste de « Quand passent les cigognes ») à Balanchine. Cinéma, poésie, littérature, théâtre et même le sport : le Caucase n’en finit pas de fabriquer des héros sur l’échelle internationale de la culture.
On connait moins la richesse du patrimoine musical de cette région. La lutte est dure dans un paysage inondé de produits prédigérés d’où peinent déjà à émerger les cultures régionales. Alors, les chants caucasiens ! L’occasion est offerte de découvrir ce pan de la musique et du chant. Un Caucasien naît avec un piano au bout des doigts ou presque. Et quand ce n’est pas un piano, c’est un crayon, un pinceau, une guitare. Le chant est parfois le seul souffle qui reste aux peuples opprimés. C’est aussi souvent une fierté, comme chez les Basques ou les Corses. C’est cette diversité de mélodie que propose le Théâtre 13 dans le cadre de ce festival qui devrait faire danser et enchanter les spectateurs. Une plongée au cœur d’un peuple qui mérite qu’on le découvre et qu’on l’accueille comme lui sait si bien nous recevoir. Un voyage dans le temps et dans le chant à ne pas manquer.
Festival Caucase
Partie musique et chants :
Concerts
Mardi 14 déc. à 20h30 Groupe Pankissi (Géorgie et Tchétchénie)
Mercredi 15 déc. à 20h30 Rovshan Mammadov & Shahin Novrasli (Azebaïdjan)
Jeudi 16 déc. à 19h30 Gaguik Mouradian & Lela Tataraïdze (Arménie, Géorgie)
Vendredi 17 déc. à 20h30 A.Dimaev, S. Mezhidov & L.Minassian (Tchétchénie, Arménie) Samedi 18 déc. à 19h30 Lo’Jo Trio invite Niaz Diasamidze (France, Georgie)
Dimanche 19 déc. à 15h30 Ververi & Basiani (Arménie, Géorgie)
Dimanche 19 déc. à 20h30 The Shin (Georgie)
Lundi 20 déc. à 20h30 Makka Mijieva & Suleman Takaev (Tchétchénie)
Théâtre 13, 103 A boulevard Auguste Blanqui, 75013 Paris (Métro : Glacière)
Réservation : 01 45 88 62 22
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